Bartleby préférerait ne pas vous dire : Merveilleuse Ingrid Betancourt

Clément Solym - 06.10.2010

Zone 51 - Bartelby - droit - auteur - betancourt


C'est la sortie du moment, et elle ne manque pas de faire parler d'elle. L'ancienne otage des Farc, libérées on ne sait trop comment revient sur sa captivité dans un ouvrage paru chez G. Permettez que ne soit écrit que G., cela évite que l'Argus de la presse ou autres Google actualités ne recense trop rapidement mon intervention du jour.

G est un éditeur prestigieux, tant et si bien qu'il doit faire partie des rares que l'on cite en France, et ailleurs dans le monde. Surtout que G, piloté par Antoine G. est une maison familiale. Alors quel est le propos du jour relatif à G et Ingrid Betancourt ? Douce, tendre, délicate Ingrid, dont je sais pertinemment qu'il ne faudrait pas dire quoi que ce soit à son propos, mais vraiment, vous m'excuserez, faut que ça sorte, cette affaire...

Vivant à New York, Ingrid donne depuis quelque temps des interviews. Elle y clame que, non, elle n'a pas reçu d'à-valoir pour son livre et que c'est par volonté d'être libre, et que la maison G. a respecté tout cela. C'est beau. Pour vivre à New York, il faut tout de même des moyens, et assurer que l'on n'a pas perçu d'à-valoir pour la sortie du livre en France, confirme donc que l'on a bien d'autres sources de revenus... Parce que La Grosse Pomme, ce n'est tout de même pas donné...

L'histoire éditoriale d'Ingrid Betancourt est tout de même faramineuse. Elle est liée à celle d'un éditeur, Bernard Fixot, qui la découvre dans un article du Figaro en août 1999. L'éditeur la contacte et fera d'elle la femme que l'on connaît et le livre qui en découla, La Rage au coeur, en 2001. Effectivement, la jeune femme avait des relations, elle connaissait Dominique de Villepin, mais ce sont entièrement les éditions Xo qui l'ont faite, soyons clairs.

Or, on peut comprendre que son ancien éditeur ait fait une offre intéressante pour le livre que finalement G. publie. G. dont le patron Antoine a d'ailleurs publiquement et officiellement annoncé qu'il n'avait pas versé d'à-valoir à Ingrid, comme on nous l'aura rappelé sans ménagement et avec une verve un peu brusque au service de presse de G.

Bien, soit. Une offre intéressante, mais qu'Ingrid, noble âme, éprise de liberté, et dont les droits du livre auront été vendus dans plusieurs pays (et là, toujours pas d'à-valoir ?) et en douze langues traduit (voir le site de son agent)... Une offre donc, qu'Ingrid refusa, ainsi qu'elle l'a assuré, que son éditeur l'a assuré et que son agent n'a toujours pas voulu le confirmer, renvoyant vers Gallimard, justement. Ah, la magie du forward...

Car dans tout cela, il se trouve toujours des mauvaises langues pour dire que la version officielle n'est justement qu'officielle, qu'il y aurait bien un à-valoir, et qu'il serait vraiment monstrueux. De vils persifleurs évoqueraient même une somme à 6 chiffres. 6 gros chiffres...

Mais voilà : nul n'est dans le secret des dieux, ni dans la magie des tiroirs, où l'on range précieusement les contrats de ce genre. Et puisque l'auteure (enfin, qui signe le livre) et son éditeur le crient bien haut, pourquoi mettre en doute leur parole ? Les mauvaises langues qui prétendent le contraire n'ont qu'à apporter des preuves !

Car d'autres solutions existent : ses droits d'auteure ont pu être réévalués à 25 %, par exemple...