Bernanos végète chez Plon, le Castor Astral le reprend

Clément Solym - 21.04.2008

Zone 51 - Insolite - Bernanos - Plon - Castor


Les histoires d'amour finissent mal, en général... Celle qui liait historiquement Goerges Bernanos à Plon vient de prendre fin, et avec elle les droits d'exploitation de son oeuvre, que l'éditeur avait bichonnée depuis la publication de Sous le Soleil de Satan en 1926. Et c'est au Castor Astral que profitera désormais le crime et les livres de Bernanos, qui, dès mai prochain va rééditer Les Grands cimetières sous la Lune.

Or, un fait saillant semble montrer que le public de Bernanos s'est quelque peu détourné de lui : signe manifeste ? Les revenus que touchent les ayants droit ont baissé drastiquement entre 1989 et 1992, de 40.758 € à 6.416 €. Cette chute avait entraîné la signature d'un contrat unique avec Plon qui devait veiller « à ce qu'aucun épuisement de stock ne dépasse quatre mois » et mettre en place « une action significative de promotion ». En outre, aucun exemplaire ne devait passer au pilon sans que la famille soit tenue informée. Nous sommes en 1994.

En justice pour avoir laissé moisir l'oeuvre

Treize années plus tard, Gilles, le petit-fils, qui gère et administre la succession des ayants droit, attaque la maison en justice. « Plon a laissé végéter l'oeuvre de cet écrivain majeur du XXe siècle et, par sa négligence, a menacé qu'elle tombe dans l'oubli », estime-t-il alors. Une vision que son grand-père avait entretenue, puisqu'en juin 1938 : « J'étais absolument persuadé que contre la promesse de lui consacrer mon travail, la Maison Plon me ferait cette espèce de pension, qu'elle avouait d'ailleurs trop modeste. Je sais bien que c'est idiot »... Le hasard n'existe pas ?

Le constat est double : un, Bernanos, comme d'autres, ne suscite l'intérêt du public qu'en cas d'adaptation cinéma ou télé. Deux, l'oeuvre tombe dans le domaine public dans dix ans. « Il s'agit d'une histoire complexe qui tient à la nature même des relations entretenues avec les héritiers Bernanos » , explique Olivier Orban. Des contrats signés avec Pockets et Points ne changeront pas la donne, même si, à l'instar de la signature avec Omnibus, cela prouve que les engagements sont tenus, autant que possible.


Chez le Castor, en revanche, on déroule le tapis rouge

Outre la réédition de toute son oeuvre romanesque, l'éditeur a mis en place une collection dédiée. Jean-Yves Reuzeau en témoigne : « Nous avons une vraie prédilection pour les auteurs des années 1930 et 1940, comme Emmanuel Bove, André Beucler ou Louis Delluc. » Et l'on commencera donc avec Les Grands cimetières sous la lune préfacé par Michel del Castillo. Pari fou ou insensé, dans tous les cas, on ne communique pas non plus sur le nombre de tirages, limité, par mesure de prudence...