Cher journal, (journal de cet horrible confinement) Tome 2 - suite

Auteur invité - 06.04.2020

Zone 51 - Humour - journal confinement - bourgeoises Mad Max - parodie journal confinement


NB : À la demande frénétique des lecteurs qui estimaient à juste titre qu'on les avait laissés trop longtemps sans nouvelle, voici la suite (très fine) d'une parodie inspirée de ces journaux d’insupportables autrices qui jouent les bourgeoises dans Mad Max. On continue en effet de les retrouver dans les médias.

Doit y avoir quelque chose qui traine...

par Rodolphe Urbs 
Librairie La mauvaise réputation (Bordeaux)
 

Sophkins CC 0



Jour 12

Mon mari ne mégote pas sur son temps en télétravail. Conférences, réunions tardives jusqu’à parfois 14h du matin. Il vit devant son ordinateur et la situation semble dramatique tant il doit pleurer. Il a réquisitionné tous les paquets de Kleenex.

Jour 12 ¾

Je profite de son temps de repos pour imprimer mes quelques attestations quotidiennes. Les dernières recherches de mon époux biologiste sur les staphylocoques chez les seniors sont fascinantes.
En atteste cette vidéo qu’il a téléchargée : « Mature inserts big cocks. » J’avoue. Elle souffre.

Munie de mes 150 attestations, je pars en distribuer dans tout le quartier. Amis, voisins, facteurs voire joggers que j’ai parfois du mal à rattraper.

Jour 13

Les informations relatent souvent la situation difficile des personnes âgées en Ipad. Effectivement, la technologie et les vieux, un vrai drame.

Jour 14

Jean-Jacques Goldman a modifié sa chanson « il changeait la vie » pour les soignants. « À nos actes manqués » était peut-être plus adaptée.

J’écoute la radio. France Info parle des pauvres, des dealers, des toxicomanes, des prostitué(e)s, des vieux, des handicapés, des aides à domicile, des soignants, des malades, des trisomiques, des intermittents, des SDF, des mal nourris, des mal-logés, des paumés, des banlieues, des médecins… et j’éteins. Je suis fatiguée par ces fictions. La réalité est plus intéressante.

Jour 15

Je décide de partir à la cave pour y trouver notre jeu de Scrabble.

Jour 18

J’ai trouvé la boite de Scrabble.
Je repars à la cave chercher les lettres.

Jour 23

En tant qu’autrice je remarque que le vocabulaire de guerre est devenu indissociable de nos conversations quotidiennes. Ce matin, au téléphone, ma coiffeuse m’a assuré qu’il lui tardait le retour des poilus. « Pétain, tu m’étonnes ! » ai-je répondu.

Jour 24

J’ai rappelé ma coiffeuse pour lui expliquer mon jeu de mots avec Pétain.

Jour 25

Toute la famille s’est réunie pour une partie de Scrabble. Je n’arrive pas à poser mon Q.
« Une habitude » dit mon mari.

Jour 26

À 20h, j’applaudis les infirmiers, les soignants, les médecins, les éboueurs, les caissières, les pompiers, les policiers, les ambulanciers, les anesthésistes… etc.
À 21h, mon fils me dit que je lui fous la honte.

Jour 27

Il fait doux ce soir. Mon voisin fait des grillades et toute sa famille rit de bon cœur. La fumée d’herbe qui traverse notre jardin m’enveloppe et je respire à pleins poumons cette odeur des étés passés et oubliés que nous reverrons je l’espère prochainement… Quel doux nuage, quel beau présage et oh… je vois des biches dans le fond du jardin. Elles sont insouciantes. Elles discutent avec des lutins qui ramassent des champignons.
Vite ! Pas de temps à perdre…

Jour 28

Je réexplique pour la dixième fois aux policiers que distribuer 500 attestations à des personnes vertes de petite taille en les appelant ne correspond en rien à « hurler comme une demeurée en jetant des papiers partout ». Nous ne voyons pas les choses de la même manière.
C’est tout.


À toutes fins utiles, la première partie se déguste ici.



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