Cormac McCarthy s'essaye à l'écriture scientifique

Clément Solym - 21.02.2012

Zone 51 - Insolite - Cormac McCarthy - physique - ouvrages scientifiques


Vous attendiez de McCarthy un nouveau Pulitzer déprimant à la hauteur de La Route ? Rien n'est perdu, mais commencez donc par réviser votre physique, neuroscience, et autres joyeusetés scientifiques : McCarthy fait désormais dans l'édition d'ouvrages à l'Institut de Santa Fe.

 

Vu de loin, l'Institut de Santa Fe a des airs de paradis pour grosses têtes : dans les couloirs, on peut croiser des lauréats, au choix, du Prix Nobel ou du Prix Pulitzer, excusez du peu. Et celui qui relit les ouvrages n'est autre que Cormac McCarthy, l'auteur de No Country for Old Men

 

Lawrence Krauss, professeur de physique, connaît McCarthy depuis 4 ans : l'auteur américain s'est donc senti obligé d'intervenir après avoir lu la biographie du physicien Richard Feynman rédigée par son ami. « Il a dit qu'il... avait tellement apprécié l'ouvrage qu'il voudrait le rendre meilleur » se souvient Krauss. Même blessé dans son amour-propre, l'aide de McCarthy, ça ne se refuse pas.

 

Le Prix Boulitzer pour McCarthy !

 

Leur collaboration commença sur les chapeaux de roues quand McCarthy demanda à Krauss s'il pouvait « supprimer tous les points d'exclamation et tous les points-virgules, qui selon lui n'ont ni l'un ni l'autre leur place en littérature ». McCarthy donna également quelques conseils au professeur pour qu'il formule à nouveau certaines de ses phrases.

 

L'expérience n'est pas nouvelle pour McCarthy, qui avait déjà effectué un travail de relecture sur un ouvrage de la physicienne Lisa Randall consacré aux différentes dimensions de l'univers. « Il a fait un excellent travail d'éditeur. Il a vraiment allégé la prose » avoue Randall. 

 

L'Institut de Santa Fe a été fondé, entre autres, par Murray Gell-Mann en 1984, physicien auréolé du Prix Nobel et proche de McCarthy. Ce dernier y a un bureau à son nom, et aménage les couloirs de l'Institut de façon très carthyesque : de lourds miroirs aux moulures dorées, un portrait de Newton commandé au peintre Alberto Escamillo ou encore des boiseries à base de pin foncé, cèdre rouge et bois de cerisier. « J'ai écrit quelques livres ici » s'amuse McCarthy, avant de raconter que les étudiants étaient sans cesse dérangés par le cliquetis de sa machine à écrire. « Finalement, il y en a un qui est venu frapper à ma porte. J'ai dit "Oui ?", il est entré, a vu la machine et me fait "C'est quoi ce truc ?" »

 

À part pour perturber les étudiants pendant leurs révisions, McCarthy vient en résidence à l'Institut parce que science et littérature sont intimement liées selon lui : « Toutes deux exigent la curiosité, la prise de risques, la pensée originale, et l'envie de dire ce que 9/10ème des gens considèrent comme faux. » Si vous vous sentez d'attaque pour un entretien entre le physicien Lawrence Krauss, le cinéaste Werner Herzog et McCarthy lui-même, il est disponible sur le site de la station de radio NPR.