Corneille cité par Nicolas Sarkozy : une version plutôt à Cid

Cécile Mazin - 24.03.2016

Zone 51 - Insolite - Nicolas Sarkozy - Cid Corneille Rodrigue - renfort port armée


Quand il ne dédicace pas les livres de François Copé pour leur donner de la valeur, Nicolas Sarkozy a des fulgurances littéraires. Il cite, récite, plébiscite... et parfois, c’est la plaie qui reste. Corneille, le dramaturge, vient ainsi de piquer un fou rire de profundis, en découvrant comment le président de la République joue au mash-up avec ses pièces.

 

 

 

Interviewé par l’implacable Figaro, Nicolas Sarkozy évoque en effet ses années de présidence, et son combat avec ou contre les entrepreneurs. Devant un parterre de décideurs, réunis par les bons soins de la Fondation Concorde, l’homme du Bling-Bling démontre qu’il a des lettres. Une comparaison puisant dans ses souvenirs du Cid lui permet une jonction entre passé et présent : 

 

J’aurais tellement aimé sentir cette pression positive quand je me battais pour les universités, le bouclier fiscal, les heures supplémentaires, les retraites, la rupture conventionnelle.... une pression qui m’aurait aidé à aller plus loin. Je le dis gentiment, mais je le dis quand même (...) c’est comme dans Le Cid, ils partirent à 50 millions et il se retrouva tout seul.

 

Sur internet, on appelle cela un What The Fuck : une incongruité telle que les bras vous en tombent. Seul au port ?

 

 

 

 

Évidemment, la citation est totalement fausse : c’est plutôt l’effet inverse que recherche Don Rodrigue, pour démontrer la mobilisation générale : 

 

Sous moi donc cette troupe s’avance, 

Et porte sur le front une mâle assurance. 

Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort 

Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, 

Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, 

Les plus épouvantés reprenaient de courage ! 

 

On savait Nicolas Sarkozy prompt à verser dans l’exagération, parfois risible, mais ici, on sourit de ce qu’implique la confusion. Rodrigue est en effet à la tête d’une troupe, dont les renforts serviront à obtenir la victoire. Ces hommes supplémentaires sont un soutien au leader. 

 

Sarkozy inverse totalement le sens du texte, peut-être pour accentuer son sentiment de solitude. Selon Le Figaro, la conférence aurait connu plusieurs annulations, certains des décideurs ne souhaitaient tout bonnement pas entendre l’ancien président. Ceux qui seront restés en auront eu pour leur argent...

 

Un lapsus linguae solide, mais il est vrai que la préparation de son propre livre l’avait mis dans un état d’excitation terrible. Trop d'émotion, ça fait perdre pied...