Depuis le Dune de Frank Herbert, les menaces pèsent sur l'axolotl

Nicolas Gary - 10.09.2014

Zone 51 - Insolite - Frank Herbert - Dune - science fiction


De l'univers Dune, la fresque littéralement sidérante de Frank Herbert, on ne connaît souvent que les deux premiers tomes français (qui ne sont qu'un en version originale), portés au cinéma par David Lynch, en 1984. Si depuis, d'autres expérimentations audiovisuelles ont eu cours, les livres restent l'un des plus grands chefs d'œuvres de la science-fiction. Encore qu'a bien y réfléchir, la mention science-fiction est particulièrement mal venu, mais soit.

 

 

Menagerie du Jardin des Plantes, Paris, France

pelican, CC BY SA 2.0

 

 

Dune, ce sont des grandes familles qui s'affrontent, dans un univers space opera impérial – et bien loin, très très loin, de la superficialité du monde des Jedi. Et autour d'elles des guildes, bien connues, comme le Bene Gesserit, ordre (presque) religieux et féminin ou encore la Guilde des Navigateurs, qui parviennent à déplacer des vaisseaux en pliant l'espace, pour réduire les trajets. Pratique.

 

Il existe un groupe, particulièrement mystérieux, et jaloux de ses secrets (que le Bene Gesserit évente en un coup d'œil...), le Bene Tleilax. Ces derniers disposent d'une méthode de clonage, qui s'appuie sur des bribes d'ADN, pour reconstituer l'être humain originel. Cet outil a pour nom la Cuve Axlotl. 

 

Tout le talent d'Herbert provient de ce qu'il a su piocher dans des réalités terrestres, des éléments extrapolés pour étoffer ses livres, et leur donner une dimension exceptionnelle. Or, une information diffusée par l'AFP vient nous rappeler que, si Dune est le roman de science-fiction le plus vendu au monde, les raisons sont parfois extrêmement simples...

 

La Cuve permettant de donner une seconde vie aux morts tire son nom d'une petite créature du Mexique, l'axolotl, signifiant monstre aquatique. Un véritable objet de curiosité, puisqu'il est en mesure de réparer des organes par un procédé de reconstitution cellulaire, toujours aussi fascinant pour les scientifiques. Or, la bêbête fait également preuve d'une fantastique capacité d'assimilation en cas de greffe.

 

Or, l'environnement de cette créature est actuellement menacé, du fait de la pollution grandissante dans la zone lacustre de Xochimilco, située au sud de Mexico. En l'espace d'une vingtaine d'années, le nombre de créatures par kilomètre carré a drastiquement chuté, vient de révéler l'université nationale autonome du Mexique. Une eau polluée qui vient perturber l'écosystème fragile, mais également des prédateurs inconnus avant les années 70 : la carpe de Chine, par exemple, adore les œufs que pond l'axolotl. 

 

Pesticides et engrais nuisent plus encore à la qualité de l'eau, et pour préserver l'axolotl, des expérimentations et bassins de culture sont à l'étude. En effet, il « se développe dans beaucoup de laboratoires dans le monde, dans des aquariums. Bien qu'il soit ainsi préservé de manière artificielle, il y vit une vie plus cosmopolite et transnationale », assure l'anthropologue mexicain Roger Bartra.

 

La référence d'Herbert à la créature était manifeste, mais d'autres romanciers lui ont consacré une part de leur travail. Ainsi, Julio Cortázar, dans une nouvelle éponyme. Il s'appuie surtout sur le fait que les axolotls restent toute leur vie durant, à un stade larvaire. De son côté, Yann Quero dans Le procès de l'homme blanc, en 2005, utilise les créatures, pour concevoir des ordinateurs neuronaux dotés de télépathie.

 

Mais sans nul doute, l'extrapolation d'Herbert reste la plus puissante. 

 

Depuis 2006, l'axolotl est considéré comme une espèce en voie critique d'extinction.