Plagiats chez Amazon : Le Figaro bien inspiré

Nicolas Gary - 10.03.2014

Zone 51 - Chez Wam - Le Figaro - reproduction de chroniques - ressemblances


Ah, les joies, les plaisirs... et les contraintes d'internet. Certaines rédactions web travaillent avec des outils si peu pratiques qu'introduire un hyperlien pour citer une source devient une entreprise terriblement complexe. De mauvaises langues qualifieraient "d'indélicate" cette absence de référénce, alors que c'est en réalité la technologie qu'il faut blâmer. La chose est en effet bien connue : « Sans liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ». Tentons tout de même de rendre à César, etc.

 

 

 

 

Alerté au cours du week-end sur cette entreprise de contrefaçon constatée sur Amazon, ActuaLitté a pris soin de consulter les articles des blogueurs, et de contacter le réseau social Babelio, victime collatérale d'un exercice de contrefaçon. Une internaute s'était amusée à reproduire sans autorisation des chroniques de livres sur le site marchand. Notre article sur le sujet est intervenu à 9h45, heure de Paris, quand celui du Figaro est apparu à 17h24. Selon toute probabilité, la rédaction aurait cherché durant plusieurs heures comment mettre un hyperlien dans son sujet, et, de guerre lasse, s'est décidée à publier son papier, sans source aucune. 

 

Après quelques secondes de lecture, on se demande toutefois si le papier de nos confrères ne serait pas issu de l'entreprise de copier-coller de chroniques constatée chez Amazon, et que pratiquait l'internaute prénommée Coline.

 

Ainsi, chez nos confrères on peut lire :

 

«Coline» est une serial plagiaire. Sur Amazon, à 700 reprises, elle (ou il) s'est permise de faire un simple copier-coller de critiques de livres trouvées sur des blogs. 774 messages laissés, avec une certaine efficacité: 63% d'appréciations positives. Elle est d'ailleurs 443e dans le classement des meilleures critiques. Pourtant, aucun texte ne lui appartient. Elle se contente de reproduire ceux écrits par des bloggeurs.

 

Alors que ActuaLitté avait écrit un peu plus tôt :

 

Coline n'est pas la plus prolixe des commentatrices d'Amazon : 774 messages laissés, avec une certaine efficacité, 63 % d'appréciations positives. Elle est par ailleurs classée 443e dans le top des meilleurs critiques du site marchand. Pour autant, on découvre très rapidement qu'elle s'approprie assez facilement le travail de lecture des autres.

 

Pour l'instant, des éléments chiffrés et factuels, qui ne laissent rien présager de bien méchant. La suite est, elle, croquignolesque : 

 

Dans le Figaro, on lit : 

 

Il est évident que la présence de commentaires sur le site de vente permet d'enrichir les contenus des fiches produits et de disposer d'un meilleur référencement. Cela permet également d'offrir aux clients un service complémentaire en matière de recommandation. 

 

Dans ActuaLitté

 

Bien entendu, la présence de commentaires sur le site d'Amazon permet d'enrichir les contenus des fiches produits. Cela aide le site à disposer d'un meilleur référencement, d'une part, mais également d'offrir aux clients un service complémentaire en matière de prescription. 

 

Il est certain que l'usage d'un dictionnaire de synonymes peut avoir du sens, dans certains cas. Poursuivons cet inventaire, à la Prévert. Après avoir évoqué des questions liées au plagiat, et au Code de la propriété intellectuelle, voici comment le Figaro présente les choses : 

 

Sur Amazon, les utilisateurs ne peuvent pas contacter les commentateurs. C'est donc le site en lui-même, éditeur et hébergeur de ces contenus copiés, qui est responsable de ces reproductions illicites. Il doit alors réagir, sans quoi, les auteurs plagiés peuvent s'empresser de faire valoir leurs droits.

 

Et voici comment elles sont exposées dans ActuaLitté :

 

Il n'est pas donné la possibilité aux utilisateurs de contacter les autres commentateurs d'Amazon. Or, Amazon est de fait éditeur de son site, mais également hébergeur des contenus postés par ses utilisateurs - qu'il donne la possibilité de contacter ces derniers ou pas ! Il se retrouve donc à abriter des textes contrefaits, et à ce titre, on renverra aux articles L335-1 et suivants, touchant aux dispositions pénales encourues en cas de reproductions illicites.

Il faut noter en effet que l'hébergeur est responsable dans ce cas de figure, et que, si l'on porte à sa connaissance, une reproduction illicite, il est tenu de réagir, sans quoi, il est donné de faire valoir ses droits en la matière… Et prendre contact avec Amazon, c'est ce que certains des internautes plagiés se sont empressés de faire.

 

Le lecteur attentif s'amusera de noter toutes les coïncidences, mais pourrait s'étrangler sur la suite : 

 

Dans Le Figaro.fr

 

Pour Amazon, les commentaires sanctionnables sont ceux qui font état d'un contenu inacceptable (insultes, harcèlement, etc.), inapproprié (porter atteinte à la vie privée, etc.) ou encore promotionnel. Mais la violation du Code de la propriété intellectuelle ne semble pas entrer en ligne de compte.

 

Sur ActuaLitte.com

 

Pour mémoire, laisser un message chez Amazon implique avant tout de disposer d'un compte, et d'avoir réalisé un achat. Les contenus sanctionnés seront ceux qui font état d'un contenu inacceptable (insultes, harcèlement, etc.), inapproprié (porter atteinte à la vie privée, etc.) ou encore promotionnel. Mais la violation du Code de la propriété intellectuelle ne semble pas entrer en ligne de compte. Du tout ? Eh bien…

 

Que t'en semble, lecteur ?

  

Notons qu'entre temps, Amazon a répondu à ActuaLitté concernant ces chroniques reproduites sans permission. « Conformément à notre politique, cette personne a été avertie et est désormais interdite de tout commentaire sur le site et ses commentaires seront supprimés. » Il paraîtrait que, chez Amazon, on s'est tout de même étranglé, à la lecture de l'article de nos confrères, trouvant un peu fort de café d'aborder le sujet… sans citer sa source.

 

MàJ 10h48 le 11 mars (soit le lendemain...) : 

 

Il aura fallu un long moment pour que notre appel soit entendu : le site a finalement accepté de citer la source de son information, comme le confirme cette capture d'écran. 

 

 

 

 

On sourira en lisant cela :  « La propriété intellectuelle de quiconque doit être respectée, même sur Internet. », et d'autant plus que, si certains passages ont été réécrits, les écueils demeurent assez flagrants. Mais surtout, toujours pas de lien vers notre site. Ce n'est pourtant pas faute, sur le réseau social Twitter, d'avoir assisté à un véritable tollé : 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour 17h47 ce 11 mars :

Après une intervention salutaire du rédacteur en chef culture du Figaro, un lien est enfin apparu sur l'article. Et comble de hasard, les phrases qui entretenaient une troublante ressemblance avec notre propre article ont été supprimées.

 

 Grande victoire, pour canard...