Des Illuminations de Rimbaud au Suites pour violoncelle de Britten...

Cécile Mazin - 12.11.2020

Zone 51 - Insolite - Illuminations Arthur Rimbaud - Benjamin Britten Rimbaud


Le 24e opus du label Les Belles Ecouteuses constitue un projet original autour de Britten et Rimbaud qui se révèle une évidence. Illuminations : Britten/Rimbaud, album de Yan Levionnois, réunit musique et littérature; les partitions de Britten y alternent avec les poèmes de Rimbaud. Jolie coïncidence, le label tire son nom de Mandoline, poème de Verlaine!




 

Désirant depuis longtemps la création d’un spectacle mêlant musique et littérature, Yan Levionnois (né en 1990) a eu la chance de relire les Illuminations d’Arthur Rimbaud (1854-1891) à un moment où il travaillait les Suites pour violoncelle seul de Benjamin Britten (1913-1976). Le violoncelliste remarqua immédiatement les passerelles entre les deux œuvres ; il lui sembla qu’elles partageaient un même goût pour les rythmes asymétriques, les carrures irrégulières, mais aussi des mélodies à la fois originales et familières.
 

Le musicien se lança dans des recherches, et apprit, au cours de son investigation, que Britten avait écrit une œuvre pour voix et orchestre intitulée Illuminations, et composée justement sur les textes de Rimbaud. En imaginant le spectacle seul en scène autour des Illuminations et des Suites, l’artiste ne se contenta pas d’illustrer l’une des œuvres par l’autre, mais bien de créer des correspondances entre les deux univers, et d’offrir ainsi une mise en résonance.
 

Antoine Pagnier, directeur artistique du label Les Belles Ecouteuses, découvrit, quant à lui, le projet de Yan Levionnois sur France Musique et fut séduit. La poésie s’avère, selon lui, «plus compréhensible et forte quand on la lit ou la récite à haute voix.»


Britten naquit, en Angleterre, 20 ans après la mort de Rimbaud. Yan Levionnois rappelle la grande amitié qui unissait le compositeur à Mstislav Rostropovitch (1927-2007). Également excellent pianiste, Britten joua avec le célébrissime violoncelliste lors de grandes tournées, et leurs duos laissèrent plusieurs enregistrements d’anthologie.
 

Le compositeur put donc beaucoup étudier le jeu du virtuose à maintes reprises, et composa ces trois Suites à la mesure de son grand ami. Et Britten les dédia à « Slava ».
 

Yan Levionnois en souligne le«lyrisme très slave, en plus d’éléments plus typiques du compositeur, par exemple son utilisation intense des effets instrumentaux, et notamment des pizzicati, certainement inspirés de ses expériences musicales lors d’un long voyage en Asie dix ans plus tôt. Britten y fait montre également d’une grande liberté rythmique, n’hésitant pas à adapter en permanence les barres de mesure à son discours, donnant ainsi une tonalité très franche et personnelle à ses œuvres. Enfin, composées comme un écho du XXe siècle aux Suites de Bach, les Suites de Britten portent en leur sein une certaine idée d’héritage, et reprennent à ce titre beaucoup de formes, voire de thèmes du passé. »




 

 

Des poèmes en prose et en vers libres composent Les Illuminations, recueil écrit par Arthur Rimbaud entre 1872 et 1875. En 1886, ces poèmes furent partiellement publiés pour la première fois, et le recueil entièrement en 1895, après le décès du poète.
 

Yan Levionnois rappelle dans le livret accompagnant les deux CD que «Les Illuminations — ou «Illuminécheunes», comme l’orthographiait parfois Verlaine, pour accentuer l’origine anglaise de ce titre — posent aux experts rimbaldiens plusieurs problèmes. Leur datation est floue, leur lieu d’écriture est a priori multiple, leur titre peut-être pas de Rimbaud lui-même, bien que Verlaine l’affirme, leur ordre indéfini. Enfin certains experts avancent même l’hypothèse que certains des poèmes seraient de Germain Nouveau et non de Rimbaud, en se basant sur l’analyse graphologique des manuscrits. Cependant, tous ces détails ont peu d’importance pour la poésie en elle-même. »

Rimbaud sembla fuir toute sa vie une réalité, l’ennui : à l’âge de 15 ans, il quitta le domicile de ses parents pour Paris qui symbolisait, comme le rappelle le violoncelliste, « un ailleurs qu’il chercha toute sa vie ». Surnommé « l’homme aux semelles de vent », le poète voyagea ensuite à travers le monde. « Le passant considérable », toujours à la recherche d’un Eldorado fantasmé, se réfugia dans les voyages, mais aussi la poésie.




Commentaires
La musique ne s'accorde pas trop mal mais les textes sont mal dits, la voix ne convient pas. Selon mon oreille, du moins. Pour l'éventuelle collaboration entre Rimbaud et Nouveau il faut lire le livre d'Eddie Breuil, "Du Nouveau chez Rimbaud", très intéressant même si on n'est pas forcé de le suivre complètement. Il m'a inspiré une relecture des Illuminations un peu profonde qui montre que le travail de Breuil peut se justifier aussi, du moins en partie, d'après l'analyse des textes en eux-mêmes. Je publierai sûrement ça un jour !
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