Des poèmes signés « OSEF » dans les quotidiens gratuits

Thomas Deslogis - 17.02.2016

Zone 51 - Chez Wam - quotidiens gratuits - poèmes OSEF


Nous avions promis en fin d’année dernière, une grande fresque fictionnelle,pilotée par Thomas Deslogis, autour de la poésie, de la France, de l’écriture et de toutes ces choses. Voici le nouvel épisode d’un feuilleton qui se déroulera maintenant chaque semaine, jusqu’à ce que l'hallali soit bu... 

 

 

 

Après quelques décennies passées à l’ombre, la poésie française n’en finit plus, depuis un mois, de tout faire pour se rattraper. La dernière action en date est sans doute la plus impressionnante, la mieux organisée et la plus représentative de la place que veut désormais prendre les représentants de ce nouveau mouvement que Twitter, souvenez-vous, a nommé Explicit Poetry

 

Imaginez. Comme tous les matins vous vous engouffrez dans la bouche de métro et comme tous les matins, avant d’atteindre le quai, vous attrapez un des Quotidiens gratuits mis à disposition des voyageurs. Peu importe lequel. Vous vous frayez un chemin, le métro démarre, 10 stations à passer. C’est à ce moment-là que, comme tous les matins, au lieu de lire et relire un des poèmes, insipides au possible, affichés au bout du wagon, vous ouvrez votre Quotidien. Et là, surprise : entre deux news, entre deux rubriques « classiques », en voilà une qui se détache, courte, mais intense. Un poème  ! Sur Serge Aurier, l’affaire du jour. Et plutôt explicite. 

 

Voilà ce qui est arrivé lundi matin à quelques milliers de Franciliens surpris par cet étrange bol d’air frais au milieu des narrations habituelles des événements de la veille. Très vite, des photos du poème imprimé tournent sur Twitter, et avant toute réaction « officielle », les internautes eux-mêmes remarquent que le poème est présent dans les deux Quotidiens gratuits. La situation devient étrange et les explications tardent.

 

 

Pour patienter, Twitter disserte et, très majoritairement, se réjouit. « Le petit poème explicite du matin, c’est comme un deuxième café, et sucré en prime ! » ou encore « Tiens, la poésie a enfin trouvé un moyen de se renouveler. Les médias aussi en passant... » Le poème n’a beau faire que quelques lignes, sa simple présence contente largement les lecteurs. « Quand on pense que ça prend moins de place que l’horoscope... » note malicieusement un twittos influent. 

 

Si l’identité de l’auteur reste un mystère, on peut croire que se mettre Twitter dans la poche était prévu d’avance, puisqu’il le poème est signé « OSEF », acronyme de « On S’En Fout » particulièrement apprécié des internautes. Un clin d’œil mainte fois souligné le réseau, et presque autant salué. « Le poète qui signe OSEF dans le journal c’est trop un thug  ! », ou « OSEF de la poésie... Ha bah non en fait :)  ». Le poète (ou le groupe) a en effet parfaitement choisi son pseudo, usant certes d’un terme à la mode, mais se jouant surtout de la perception actuelle de la poésie, que ces initiales résument bien... 

 

 

 

Les déclarations quasi simultanées des deux Quotidiens gratuits en question n’arrivèrent qu’en début d’après-midi, mais tout le monde avait déjà compris. L’initiative ne vient pas d’eux et ils annoncent lancer une double enquête, auprès de l’imprimeur commun, mais également interne, pour comprendre comment une telle falsification a pu avoir lieu. Déception, malgré tout, des internautes. Le hashtag #UnPoèmeTousLesMatins devient rapidement le plus utilisé du réseau social dans la région parisienne. 

 

Le lendemain mardi les Quotidiens sont scrutés, en vain. On reporte cependant quelques collages signés OSEF effectués sans les moyens de la veille, dans quelques dizaines d’exemplaires. Reste qu’il est est difficile pour les journaux en questions d’analyser l’événement : bad buzz incontrôlé ou coup de pub imprévu ayant fait citer leur nom comme jamais  ? 

 

La rumeur court que certains rédacteurs, plus ou moins chefs, auraient suggéré, face au succès de la démarche et bien qu’elle fut d’abord subie, de créer une telle rubrique. Reste à trouver le poète. Qui que soit OSEF, le rebelle explicite semble malheureusement disqualifié de par l’illégalité totale de sa démarche, aussi brillante soit-elle. Mais il faudra bien choisir, c’est bel et bien la nature explicite, cash, du poème qui a séduit. Cette nouvelle poésie de plus en plus présente, de plus en plus plaisante. M’enfin, ce n’est qu’une rumeur, mais comme toujours  : espérons l’audace ! 

 

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Thomas Deslogis