Dimitris Tsaloumas, Un chant du soir : “L’hiver fut long à venir cette année”

La rédaction - 13.06.2016

Zone 51 - Chez Wam - Dimitris Tsaloumas poète - recueil chant soir - Dimitris Tsaloumas poésie


Pour accompagner le Marché de la poésie qui se déroule actuellement au Quartier latin accueille, les éditions La Différence et ActuaLitté proposent chaque jour deux textes poétiques. C’est la voix de Dimitris Tsaloumas qui est ce matin à l’honneur, à travers son recueil Un chant du soir. Le choix des textes et la traduction de l’anglais (Australie) ont été opérés par Pascal Laurent. L’ouvrage est à retrouver en édition bilingue, dans la collection Orphée.

 

 

 

Exilé volontaire en 1951, Tsaloumas quitte la Grèce pour l’Australie. Il ne commence à écrire qu’à partir de 1963. Sans amertume, comme détachée, mais nourrie, non sans ironie, des reflets surgis dans la confusion des siècles, de dialogues avec des figures que nous avons pu rencontrer chez Pétrone ou chez Juvénal, d’un commerce familier avec le monde élémentaire, d’évocations intemporelles et de gestes banalement quotidiens, sa poésie transcende l’ailleurs et la solitude sans jamais élever la voix, une voix étonnamment prenante.

 

Né en 1921 sur l’île de Léros, alors sous occupation italienne depuis 1912, Dimitris Tsaloumas poursuit une scolarité sous le sceau du bilinguisme (grec/italien) dans un contexte culturel peu ouvert à la littérature. Après la Deuxième Guerre mondiale, il découvre la poésie, grecque d’abord (Kazantzakis, Elytis, Seféris, Cavafy…) et anglosaxonne, notamment T.S. Eliot. Pour des raisons politiques, il part en 1951 pour l’Australie en tant qu’exilé volontaire comme il se définit lui-même, s’installe à Melbourne où il enseignera les langues vivantes en lycée, se tenant à l’écart de la communauté grecque. Ce n’est qu’en 1963 qu’il commence d’écrire et publier des poèmes en grec.

 

Traduits en anglais The Observatory reçoit le National Book Council Award, suivie en 1985, d’un autre ouvrage bilingue, The Book of Epigrams. En 1988, écrit et publié en anglais, Falcon Drinking. Puis Portrait of a Dog (1991), The Barge (1993), Six Improvisations on the River (1995), The Harbour (1998), Stoneland (1999), New and Selected Poems (2000), Helen of Troy (2007) seront tôt reconnus de manière quasi consensuelle dans un pays ouvertement multiculturel, et couronnés de nombreux prix dont le Patrick White Award pour l’ensemble de son œuvre. Désormais, s’il n’écrit plus qu’en grec, il partage sa vie entre son île natale de Léros et sa terre d’exil à Melbourne, saluant le printemps deux fois dans l’année.

 

 

L’hiver fut long à venir cette année

mais maintenant il est là, pour de bon.

Il s’est installé dans le salon et se balance

tel un talmudiste dans son fauteuil

jambes enveloppées dans une couverture, l’air sévère.

Quand sa barbe raidit avec le froid

il s’endort. C’est dur de

passer la journée sans un mot de sa part.

Quand les nuages se disloquent, le soleil

passe sa langue sous la porte

et l’étale d’un bon yard sur le plancher :

pendant un moment, des lueurs de neige scintillent

jusqu’au fond de la pièce. C’est alors

que le cri monte au cerveau.