Éditorial : La fille de la bibliothèque

Clément Solym - 25.02.2008

Zone 51 - Chez Wam - femme - bibliothèque - séduction


J’étais venu traquer le savoir entre les pages d’une encyclopédie, et navigant d’un rayon à un autre, parcourant les rangées, accumulant les livres. Je m’étais plongé dans la vie de Clément V, pris d’un caprice historique, ou dans les méandres de l’âme décortiquée par Pascal, peut-être plongeais-je même dans quelque obscur poème… Bref, je m’affairais bien inutilement quand elle apparut.

D'un côté, avec mes livres par dizaine dans les mains, de l'autre, elle, fluette et fraîche, qui laissa un soupir de soulagement lui échapper en passant la porte de la bibliohtèque : la chaleur dans la bibliothèque reposait du froid de la rue. Elle ne me vit pas et sourit, simplement, à qui voudrait lui rendre.

Je sais déjà que je n’oserai pas lui adresser la parole, de crainte de l’importuner. Pourtant, il n’en faudrait pas plus pour que je la trouve sublime. D’une main légère, elle s’empare dans le rayon philosophie d’un traité peu volumineux, et je l’accompagne du regard. Elle s’aventure ensuite dans l’âpreté des sciences sociales, et l’index négligemment posé sur ses lèvres, s’interroge.

À un angle entre deux rayons, je la perds, et la retrouve mutine, du côté des romans, alors que sa collection compte désormais deux livres de plus. Elle sélectionne avec attention un folio, qui la portera avant de s’endormir dans les pensées de Bridget Jones, manifestement. Cette fois, c’est à mon tour de sourire. Mon étudiante varie ses lectures.

Mais je ne me suis pas rendu compte que j’avais toujours ma pile d’ouvrages dans les mains, une colonne babélienne, de connaissances ou non, et qu’absent, je la contemple, qui poursuit son marché, pesant chaque choix, accroupi devant les K d’histoire ou sur la pointe des pieds pour consulter les M de littérature étrangère.

Je la bade, insouciant, l’observe, la contemple, debout au beau milieu d’une allée, ayant oublié ce que je serais diable venu faire dans cette galère, si elle n’avait pas surgi. J’ai dû poser toute ma collection sur une table au hasard, pour m’approcher, l’épier, savoir si elle portera son dévolu sur tel ou tel. Aime-t-elle la science-fiction ? Préféra-t-elle de la poésie en prose ou en vers ? Rien de ses goûts ne peut me rester étranger !

Mais voilà, elle achève ses emplettes, et menace de s’en retourner à l’accueil pour finaliser ses emprunts. Lit-elle beaucoup ? Pour le plaisir ? Vient-elle souvent ? La reverrai-je ? Un jour, peut-être s’assiéra-t-elle, un instant, pour se reposer, à quelques tables de moi. Oserai-je lui parler, alors, à La Fille de la Bibliothèque ?

Cela fait des mois que je n’attends plus que ça...