Editorial : Pour quelques pages de plus…

Clément Solym - 03.12.2007

Zone 51 - Chez Wam - Editorial - plaisir - pages


« Encore une page et j’éteins la lumière », murmure la collégienne réfugiée sous ses draps, éclairant à la lueur d’une lampe torche dérobée dans la boîte à outils paternelle les aventures de Simbad ou plus probablement d’Harry. Les yeux cernés, elle lutte contre le sommeil qui la poursuit jusqu’à cette page où elle sera rattrapée, tant bien que mal. Ses parents, ou son parent, l’éclatement de la cellule parentale rendant plus probable cette dernière hypothèse, éteindra la lampe, et fermera la porte. Mais elle reprendra son livre malgré le couvre-feu et sa lecture aura un goût d’interdit alors… tellement meilleur.

« Chéri(e), tu peux éteindre la lumière ? Je me lève tôt demain et je voudrais vraiment dormir… », gémit la/le conjoint(e) désespéré(e) de ce nouveau livre ouvert, qui creuse dans la nuit un rai éblouissant de lumière. Alors calmement, on répond d’un baiser chaste et d’un sourire que l’on n’en a plus pour très longtemps, que dans quelques pages vient la fin du chapitre et que oui, on éteindra, mais que là, on voudrait bien finir, pour savoir… N’y risquerait-on pas son couple, à la longue ? De guerre lasse, on quitte le lit pour se réfugier dans le salon. Au calme d’une lumière tamisée, les pages se succéderont encore et encore. Toujours grignoter un peu plus sur le récit.

« Prochain arrêt, Hôtel de ville », alerte la voix pré-enregistrée à la venue imminente de la station où s’arrêtera notre parcours. Drame humain à l’échelle microscopique du lecteur. On lève la tête, convaincu d’une erreur rapidement corrigée, on glane du regard un signe qu’on peut se rassurer et que l’on n’interrompra pas sa lecture au passage crucial. Certes, il y a ce rendez-vous d’embauche, avec cette firme importante et le DRH qu’il a été si difficile de contacter, mais enfin ! Osera-t-on rater consciemment l’arrêt pour achever cette page supplémentaire. Juste une dernière, avant la route. Une page de plus dans la besace de l’esprit dérangé par cette incursion du réel dans son imaginaire….

« Allez, ferme ce livre, tu t’endors », sourit ma concubine qui surfe encore sur l’un de ces horripilants blogs de cuisine, pour dénicher ce qui dimanche fera les délices de sa belle-famille conviée au repas. Mais je me débats, je refuse l’évidence, alors que les preuves m’accablent : le livre s’est répandu sur la couette, ses pages débordent de sa couverture, à moitié pliées, écornées involontairement… Je grogne, je proteste que non, je peux très bien reprendre ma lecture, quoique le marque-page ait glissé hors du lit et que le chat l’observe du coin de l’œil, prêt à bondir. Rien n’y fera, la seconde suivante, je serai de nouveau endormi. Et le jeu durera. Une page et un réveil en sursaut ; quelques paragraphes, puis quelques lignes, puis une ou deux phrases.

C’est moche de vieillir. Je me souviens de nuits d’insomnies heureuses sur le Maître et Marguerite ou de veilles rageuses sur un livre de Wittgenstein dont j’ai aujourd’hui presque tout oublié. A présent, le corps ne m’aide plus dans la lutte, quand même l’esprit est conquis.

Que n’a-t-on pas déjà fait pour ces quelques pages de plus ? Refuser le sommeil quitte à en perdre le cours du récit, rater volontairement une station de métro pour découvrir, plonger ; s’immerger un peu plus. Absorbé tant et si bien, que l’on en oublie le monde autour de soi. Bien sûr, cela ne vient pas toujours, mais quand on rencontre la pierre d’achoppement… quel plaisir !

Je ne plaide pas pour le livre, pas plus que je ne pesterai contre un jeu vidéo absorbant. Je connais juste plus d’exemples, livrés dans l’actualité de jeunes qui se perdent dans un jeu au point d’en perdre la vie.

Pour quelques pages de plus, d’accord. Mais surtout pour un petit supplément de plaisir.

Pour approfondir

Editeur : Belin
Genre : stations spatiales
Total pages : 12
Traducteur :
ISBN : 9782701154626

C'est comment une station spatiale ?

Aujourd'hui est un grand jour pour Clément : il fête ses 5 ans ! Son papa l'accompagne à l'agence spatiale européenne car pour son anniversaire, son oncle Alain, qui est astronaute, souhaite lui faire découvrir ce qu'il fait depuis deux mois dans la station spatiale internationale.- Moi aussi, quand je serai grand, je serai astronaute, rêve Clément devant les images que lui montre Alain.

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