En 1898, Mark Twain imaginait internet avec "beaucoup de seins"

Clément Solym - 12.11.2014

Zone 51 - Insolite - internet réseau connexions - Mark Twain - projection science fiction


Les écrivains font souvent figure de prophètes, pour avoir eu le pressentiment d'une invention, d'une découverte, des dizaines d'années avant que celles-ci n'adviennent. De là à croire qu'ils ont l'oreille des scientifiques, et que ces derniers s'efforcent de donner vie à leurs prédictions. Mark Twain, en tout cas, avait esquissé en 1898, quelque chose qui ressemblerait fort... au réseau internet : fulgurance ?

 

The internet 2.0

Ryan Godfrey, CC BY SA 2.0

 

 

Comment imaginer qu'en voyant s'écouler le Mississippi, que Twain conçut tout à la fois les aventures de Tom Sawyer et d'Huckleberry Finn, et l'idée d'un réseau de partage mondial de l'information ? À une époque où les téléphones étaient encore assez rares, le romancier se projette dans une nouvelle, où il invente le teletroscope. Un nom assez barbare, mais qui se connectait au réseau téléphonique : le modem avait trouvé son ancêtre. 

 

Mais Twain ne s'est pas limité à un réseau de mise en relation. Dans son histoire, il décrit « les faits et gestes du quotidien, visibles sur tout le globe, par tout le monde, ainsi que les discussions, de façon audible, par des personnes qu'une grande distance séparerait ». Autrement dit, la VoIP et les conférences vidéo sont à portée de main. Et probablement les réseaux sociaux dans la foulée.

 

Ce qui frappe l'imaginaire, dans cette perspective, ce n'est pas simplement l'idée de connecter les personnes les unes aux autres, en passant par le réseau téléphonique. Après tout, cet outil devait bien servir à faciliter les échanges. Sauf que Twain imagine rapidement que son réseau servira rapidement à tout un chacun, et que l'on y trouvera toutes les bêtises possibles et imaginables. « Et beaucoup de seins », ajoute-t-il.

 

La nouvelle, The Great Dark, a tous les traits du texte d'anticipation, partant de faits réels, pour extrapoler des usages nouveaux, et des solutions techniques améliorées. Cependant, elle tourne, dans son dernier tiers, à la satire acerbe du système juridique contemporain (de l'auteur, hein...) et porte un regard désabusé sur cette triste situation. 

 

En effet, son personnage principal, Clayton, est accusé sur de fausses preuves, et condamné à mort – par pendaison. Il ne sera disculpé qu'in extremis, après avoir retrouvé la victime qu'on le soupçonnait d'avoir tuée, durant une manifestation qui se déroule en Chine. Et que Clayton peut voir grâce à ce fameux outil, le teletroscope. Tout cela est donc assez éloigné des projections d'un Jules Verne, partant à la conquête de la Lune.

 

Mais on se demande toujours ce que Twain aurait pensé en découvrant l'existence d'internet, et ses applications. (via Open Culture)