Ces sept lecteurs impossibles à rater chez un libraire

Cécile Mazin - 20.07.2015

Zone 51 - Humour - librairies acheteurs - lecteurs livres - libraire vente


Quel que soit l’établissement dans lequel on entre, ils sont là, assis sagement, ou piétinant d’impatience de partir. Ce sont les clients des librairies, que l’on retrouve partout, tout le temps, qu’il grêle, vente ou fasse une chaleur accablante. Ce sont des lecteurs passionnés, totalement récalcitrants aux livres, ou venus presque par hasard. Portrait(s) injustement tirés.

 

The Book

Keith Davenport, CC BY NC ND 2.0

 

 

Personne n’a oublié Jean-Luc, et surtout pas chez Fnac, qui en avait fait le cœur de sa communication. Ce personnage affalé dans les rayons, une BD entre les mains, qui lisait tout ce qui se trouvait à portée de main, sans jamais rien acheter. Pour avoir oublié cette publicité de 1998, remise au goût du jour en 2014, il faudrait ne pas avoir de cœur...

 

 

 

 

 

 

Il y a l’enthousiaste, qui est venu avec son caddie, et menace de repartir avec l’ensemble de ce qui se trouve sur les tables de nouveautés, mais également d’embarquer le fonds de catalogue. Et si l’on y prête attention, on remarque même qu’au moment de sortir leur carte bleue, ils ont un sourire qui dévoile un immense orgasme intérieur.

 

 

 

 

Tout le monde a rencontré Le Déçu. Celui qui depuis des années n’était pas venu acheter en livre, en était arrivé à confondre librairie et bibliothèque, pensant que sa carte de fidélité lui donnerait une remise sur la collection automne-hiver des prix littéraires. Et puis on lui a conseillé un livre. Manque de chance, il vient de se rappeler qu’il déteste lire...

 

 

 

 

On n’y prêterait presque pas attention, si sa mine renfrognée, ses sourcils levés et son nez retroussé n’attiraient pas tant l’attention. C’est l’élève de Terminale, qui découvre la philosophie, et pour qui Platoon est encore un film d’Oliver Stone. Le voici soudainement plongé dans la Critique de la raison pure. Et là, il se dit qu’il regrette son insouciante jeunesse...

 

 

 

 

 

Bien entendu, il y a celui, timide, qui ne connaît pas encore la lecture numérique, et se demande, rouge écarlate, comment il arrivera jusqu’à la caisse avec son exemplaire de Fifty Shades of Grey, sans se faire remarquer. Peut-être en noyant le poisson avec des manuels de savoir-vivre, ou en piochant dans la nouvelle collection Je Nourris Mon Esprit. En tous cas, sa lecture le passionne : si seulement il n’y avait pas tant de monde dans cette librairie.

 

 

 

 

La fan. Depuis huit mois, elle ronge son frein, dévore toutes les interviews annonciatrices, s’est abonnée à dix-neuf lettres d’informations, a acheté 14 magazines pour découvrir en avant-première le moindre détail de ce que sera le prochain livre de son idole. Elle a tout acheté, en grand format, en poche ET en numérique, pour être certaine d’avoir, en toutes circonstances, le bonheur de se replonger dans des lectures qui l’ont transportée. Et n’ont pas fini de lui faire tourner la tête... 

 

 

 

 

Le gamin qui sera dégoûté à vie. C’est pas de chance, mais, lui, il est perdu pour la cause. Ses parents voulaient à tout prix lui faire découvrir le dernier Stephen King, adapté pour la jeunesse, avec le Schtroumpf grognon dans le rôle de Grippe-Sou/Pennywise. Captivé par l’action, il écoute religieusement, et tout à coup, c’est le drame : une trop forte émotion, un hurlement. Les livres définitivement associés à l’angoisse, la terreur et le pipi dans la culotte... Moralité, non seulement ça coûtera un McDo aux parents, mais il deviendra en plus agrégé d’économie libérale...

 

 

Quoi qu'il en soit, n'oubliez pas, cet été : 

 

 

 

Cet été, abandonnez internet, pas votre libraire !

Pour approfondir

Editeur :
Genre : essais et...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782070744831

La Première gorgée de bière et autres plaisirs min ...

de Delerm Philippe

«C'est facile, d'écosser les petits pois. Une pression du pouce sur la fente de la gousse et elle s'ouvre, docile, offerte. Quelques-unes, moins mûres, sont plus réticentes - une incision de l'ongle de l'index permet alors de déchirer le vert, et de sentir la mouillure et la chair dense, juste sous la peau faussement parcheminée. Après, on fait glisser les boules d'un seul doigt. La dernière est si minuscule. Parfois, on a envie de la croquer. Ce n'est pas bon, un peu amer, mais frais comme la cuisine de onze heures, cuisine de l'eau froide, des légumes épluchés - tout près, contre l'évier, quelques carottes nues brillent sur un torchon, finissent de sécher. Alors on parle à petits coups, et là aussi la musique des mots semble venir de l'intérieur, paisible, familière. On parle de travail, de projets, de fatigue - pas de psychologie. »

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