En tout acte d'écriture réside une profonde question de caractère(s)

Clara Vincent - 30.01.2020

Zone 51 - Insolite - ecriture police caractère - écrivains auteurs - Twitter sondage auteurs


À chacun sa manière d’écrire et de donner forme aux lettres. De l'écriture cursive à l'écriture scripte, en passant par la ronde, la droite, ou encore la gothique et jusqu'aux pattes de mouches, toutes sont autant de traces qui peuvent en dire long sur la personnalité du manieur de plume. Et si, maintenant que l’ordinateur a de plus en plus envahi notre quotidien, les polices de caractère avaient un même pouvoir révélateur ? 
 
dr. shordzi -  (CC BY-SA 2.0)


« Veuillez révéler la partie la plus profonde de vous-même: quelle police et quelle taille écrivez-vous ? » C’est la question que l’écrivain Séan Richardson, auteur d’Unorthodox : LGBT+ Identity and Faith (non traduit en français) et paru en octobre dernier, a soumis aux internautes sur son compte Twitter ce 26 janvier. 
 


Parmi les répondants qui se sont prêtés au jeu, différents écrivains ont fait part de leurs préférences, en expliquant pourquoi — et c’est bien là le plus intéressant – une police type Arial taille 11 aurait par exemple plus de « caractère » qu’un plus classique Time New Roman taille 12. Lequel semble bénéficier d'un certain triomphe dans nos habitudes modernes rompues à l'écriture tapuscrite. 

Aussi l'écrivain américain John Moe déclare-t-il être parvenu à se libérer des conventions à travers ces mots : « Arial 11. J'ai brisé les habitudes du Times New Roman 12 il y a dix ans. »

L’écrivaine Amy Biancolli confesse quant à elle que lorsqu’elle écrit, sa méthode est de changer de police à chaque nouvelle version de réécriture. Et ce, afin de « tromper mes globes oculaires en voyant ce que j’ai écrit sous un jour nouveau. » 
 


Pour Lester D. Crawford, auteur de science-fiction et de fantasy, il s'agit d'utiliser deux polices différentes correspondant chacune aux étapes de l'écriture et de l'envoi de manuscrit. Car les règles d’usage, à savoir celles qui imposent le Times New Roman, ne lui conviennent pas. Il préfère recourir – et il est précis – au «Courrier en taille 12, Double interligne, Marges d'un pouce, 25 lignes par page, Deux espaces entre les phrases, Souligné pour l'italique. Lorsque j'écris, j'utilise des méthodes qui m'aident à être précis et efficace. Lorsque je soumets, je respecte les directives à la lettre. »
 
L'auteur de romans fantastiques Brian Naslund utilise également une autre police pour l'écriture de ses manuscrits, en déclarant, non sans insérer à son tweet une touche de poésie : « TNR 12 on the streets, Zapfino 15 in the sheets. » 

Le romancier fantastique canadien Guy Gavriel Kay utilise pour sa part une police qui a tout pour refléter son caractère... : 
 


Parmi les réponses, des clans se forment, entre les adeptes de l'Arial et les invétérés du Comic Sans. Mais comme le soutien Richardson lui-même, instigateur de cette bataille, les polices valent « toujours la peine d'être débattues ».

« Puisque nous passons autant de temps avec les polices, il n’est pas surprenant qu’elles provoquent des émotions si fortes , poursuit-il. La réaction au tweet est fascinante, car elle va au-delà des préférences personnelles et se pose sur des questions d’identité, d’accessibilité, de lieu, d’accent et de style. »

La graphiste Sarah Hyndman, auteur de Why Fonts Matter (non traduit en français), a aussi sa petite explication, qui abonde dans le même sens, comme le rappelle Le Guardian : « La police que vous utilisez est une forme de communication non verbale. Si vous vous rencontrez en personne, le ton de la voix, les vêtements et le langage corporel contiennent une énorme quantité d'informations. Si vous écrivez à quelqu'un une lettre, vous avez tous ces outils disponibles dans votre écriture. Mais dès que vous vous asseyez devant un ordinateur, surtout si vous travaillez dans un programme par défaut Times New Roman, nous devenons soudainement identiques et nous n'aimons pas ça. »


Commentaires
Adobe Garamond 16
Bold Impact.
Comme relecteur-correcteur, et à ma petite échelle, je constate une uniformité assez déprimante (voire "désinprimante") chez les éditeurs contemporains.

Où est l'incroyable créativité des premiers imprimeurs ? Chacun avait – et souvent créait – son propre jeu de caractères, parfois avec des solutions typographiques inédites que nous utilisons souvent encore. L'esprit mécaniste du XIXe siècle a définitivement écrasé la fraicheur de la Renaissance…
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