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Et si le cloud de l'enceinte Echo stockait les preuves d'un meurtre ?

Cécile Mazin - 29.12.2016

Zone 51 - Insolite - accusation crime meurtre - témoin Amazon enceinte - enregistrement cloud Echo


« Il ne pouvait s’être échappé par la porte, qui est très étroite et sur le seuil de laquelle la concierge est entrée avec sa lampe, tandis que le concierge et moi nous cherchions l’assassin dans ce petit carré de chambre où il est impossible de se cacher et où, du reste, nous ne trouvions personne. Et dans cette pièce, muet, un tube noir d’une vingtaine de centimètres semblait narguer les inspecteurs... »

 

 

 

Le lecteur aura reconnu un extrait du Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux, ou presque. Qu’est-ce que ce tube noir ? Ni plus ni moins que l’enceinte, ou assistant vocal, d’Amazon : Echo. Avec une diffusion sonore à 360°, l’appareil est également truffé de micros qui enregistrent en permanence ce qui se passe autour de l’enceinte. 

 

Logiquement, ces micros permettent de commander vocalement l’appareil, en invoquant le doux nom d’Alexa. Mais les autorités de Bentonville, dans l’Arkansas, ont une tout autre application en tête pour cette machine : Echo pourrait en effet servir à résoudre un meurtre qui s’est déroulé dans l’appartement de James Andrew Bates. 

 

Les policiers locaux ont délivré un mandat à Amazon, pour que l’enseigne fournisse les enregistrements que l’enceinte a pu effectuer et stocker sur ses serveurs. Évidemment, Amazon a refusé, et n’a fourni que le détail des achats réalisés par Bates. Les informations captées par Echo permettraient, estiment les autorités, de résoudre la mort de Victor Collins, et fournir des preuves dans le procès qui doit intervenir l’année prochaine. Et pour lequel Bates est mis en accusation. 

 

La mort est survenue après une nuit passablement alcoolisée, manifestement, en novembre 2015, et Bates est accusé d’avoir tué Collins dans son jacuzzi.

 

Pour l’avocate Kimberly Weber de l’accusé, utiliser les informations qu’a enregistrées Echo reviendrait à violer la vie privée de son client. En outre, assure-t-elle, il importerait de savoir quel degré de fiabilité on peut accorder aux enregistrements. 

 

Un enregistrement dans le cloud, preuve potentielle

 

Pour l’heure, d’autres éléments factuels fournis par des objets connectés présents au domicile de l’accusé ont été versés au dossier. En effet, une excessive consommation d’eau a été mesurée grâce à des capteurs – ce qui tendrait à montrer que Bates aurait abondamment nettoyé le sang à l’eau... Un enregistrement audio fournirait une preuve solide, si elle venait à être communiquée. 

 

De son côté, Amazon se défend en assurant qu’Echo ne se met en route qu’à compter du moment où on l’alerte avec le terme Alexa : c’est à cet instant qu’elle capture l’audio et le diffuse (et stocke) alors sur le cloud pour améliorer ses compétences. En outre, rappelle-t-on, les microphones peuvent être désactivés à tout moment, et les utilisateurs d’Echo sont en mesure de supprimer manuellement les enregistrements...

 

« Amazon ne communiquera pas d’informations sur ses clients sans une demande légale validée et contraignante, qui nous soit dûment présentée. Amazon s’oppose à des demandes excessives ou inappropriées, bien entendu. »

 

Les auteurs de polar disposent désormais d’un témoin assez commode, et plutôt discret pour leurs nouvelles enquêtes. Difficile de savoir dans ce cas de figure si Echo se montrera efficace pour l’enquête et déterminer la culpabilité de Bates... 

 

Si les murs ont des oreilles, celles-ci pourraient s'avérer moins efficaces que les données captées par Echo. Ah, si l'enceinte pouvait parler...

 

via The Information, Engadget