Fake : disparition du poche chez Gallimard, Le Monde n'en rit pas

Clément Solym - 10.10.2012

Zone 51 - Humour - livre numérique - livre de poche - Gallimard


On se souviendra des vers d'Edmond Rostand, quand il écrivait Cyrano de Bergerac. Alors que Christian de Neuville se présente aux cadets de Gascogne, la compagnie où Cyrano officie, il est charitablement mis en garde par des Cadets. Charitablement, parce que ledit Cyrano est assez susceptible et qu'il vaut mieux en être averti...

 

 

PREMIER CADET, goguenard

Monsieur de Neuvillette, apprenez quelque chose

C'est qu'il est un objet, chez nous, dont on ne cause

Pas plus que de cordon dans l'hôtel d'un pendu !

CHRISTIAN

Qu'est-ce ?

UN AUTRE CADET, d'une voix terrible

Regardez-moi !

Il pose trois fois, mystérieusement, son doigt sur son nez.

M'avez-vous entendu ?

 

 

Manifestement, dans les blogs du Monde, certains sujets sont pareillement tabous. Et les blagues potaches pareillement. Laurent Margantin, anciennement connu, entre autres, sous le nom de Roi des Editeurs, via Twitter, avait décidé de publier des billets fake (trop gros pour être crédibles ?), que ActuaLitté avait volontiers repris, pour l'exemple. 

 

Et voilà que ce matin même, un premier billet tombe

 

Mon billet intitulé "Foire du livre de Francfort: Gallimard et Suhrkamp ensemble sur la voie du numérique" (qui était évidemment un fake) a été retiré par le Monde.fr, sans que j'en aie été averti. Je ferai un point sur tout cela cette après-midi, mais je ne peux que condamner cette mesure pour le moins radicale, prise suite au démenti d'Antoine Gallimard sur Actualitté.

 

Entre temps, Laurent vient de poster un nouveau billet, sur Carnet du Web, que nous diffusons ici dans son intégralité. 

 

 

Et Gallimard épousa la reine d'Angleterre

 

Un peu de contexte...

 

Il faut se souvenir que, peu avant de publier ces billets, une annonce était tombée, présentant un partenariat entre le libraire allemand, Libreka! et l'ebookstore français Numilog, venait juste d'être annoncé. L'occasion était rêvée pour une petite plaisanterie - bien que les constats soient absolument réels. Imaginer alors un accord entre deux éditeurs n'étaient pas délirant. Ce qui l'est, en revanche, c'est que ce type de projet ne voit toujours pas le jour...

Surtout que récemment, le SNE a appelé le président du Conseil européen à mettre en place une politique européenne en faveur du livre.

Je précise tout de suite: il n'est pas vrai qu'Antoine Gallimard ait épousé la reine d'Angleterre. Comme il n'est pas vrai que le même monsieur ait conclu un accord avec Suhrkamp dans le cadre d'un programme d'édition numérique révolutionnaire où les ebooks des classiques des deux maisons auraient coûté entre un et quatre euros. Comme il n'est pas vrai, évidemment, que notre éditeur national soit timoré, arcbouté sur ses vieilles certitudes du siècle passé, et qu'il n'ait pas du tout apprécié mes billets à la veille de la Foire du livre de Francfort.

 

Le billet intitulé Foire de Francfort: Gallimard et Suhrkamp ensemble sur la voie du numérique, ainsi que le deuxième, Antoine Gallimard: "Nous voulons être leader sur le marché du livre numérique" étaient donc ce qu'on appelle des fakes, ou tout simplement une blague (bonne ou mauvaise, cela dépend des points de vue). Sa Majesté n'a en tout cas pas apprécié, et a fait censurer le premier par l'hébergeur de ce blog, ce qui n'est pas très aimable, car je comptais bien signaler aujourd'hui sous le billet qu'il s'agissait d'un fake.

 

Mais on ne m'en a pas laissé le temps. J'ai demandé des explications au Monde.fr, puisqu'on n'a même pas eu la politesse de m'avertir. On peut heureusement consulter le texte sur Actualitté, qui a semble-t-il un hébergeur moins obéissant.

 

En lançant cette info lundi après-midi, je me disais: c'est trop gros, on va voir tout de suite que c'est bidon. Mais il semble que l'idée d'un accord avec un grand éditeur allemand, et les précisions assez crédibles, aient beaucoup plu. Des ebooks à des prix défiant toute concurrence fabriqués depuis Strasbourg par une équipe de pros franco-allemands, des ebooks des grands classiques des deux maisons inondant le marché francophone, voilà une idée qui est bonne. On reste à disposition de Gallimard pour la concrétiser.

 

Mais que de crédulité sur les réseaux sociaux et sur les forums de gens pourtant avertis et calés parfois dans le domaine du numérique ! Je suis allé faire un tour sur ces forums et sur Twitter en faisant la recherche Gallimard, et ça donne ça pour le premier billet (parmi de nombreuses contributions et tweets:

 

 

 

Ou encore, pour le deuxième billet, encore plus énorme avec des déclarations de Gallimard annonçant carrément la création d'une collection numérique d'auteurs contemporains qui verraient leurs textes repris ensuite dans la Blanche ! Et une conférence de presse le lendemain avec la patronne de Suhrkamp (qui n'était bien sûr annoncée par aucun journal, plutôt surprenant...)

 

 

Et il y en a des dizaines d'autres comme ça. Je n'ai vu personne se demander si l'info était vérifiée. Des passionnées du retweet retweetaient, et reprenaient, et arrangeaient à leur sauce, au point que cela donnait même de nouveaux billets assez succulents, comme celui-ci, qui part dans des analyses totalement farfelues. Comment se fait-il que personne, en deux jours, ne se soient questionnés ne serait-ce qu'une seconde sur la véracité de ces deux billets ? Certains savaient pourtant que j'étais l'auteur d'un Roi des éditeurs qui avait pas mal fait parler de lui sur Twitter...

 

En tout cas, Nicolas Gary et moi nous sommes bien amusés, et c'était quand même le but recherché. Et surtout, surtout, si vous croisez notre roi des éditeurs national à la Foire de Francfort, dites-lui qu'il s'est trompé de programme et qu'Ulla Unsel-Berkewiz l'attend pour leur conférence de presse commune ! A ne pas rater ce mercredi !

 

 

NB : 

ActuaLitté tient également à s'excuser auprès des confrères qui ont contacté la rédaction dans l'espoir d'avoir plus d'informations sur ce qui ressemblait bien à un scoop. Et présente également ses excuses aux éditions Gallimard, qui ont été dérangées par d'autres, tout aussi confrères, mais moins vigilants, soucieux de comprendre pourquoi ils ne disposaient pas de ladite information...