Gallicalol, générateur de mèmes à tendances patrimoniales

Antoine Oury - 25.11.2016

Zone 51 - Humour - Gallicalol mèmes - Gallica BnF - Hackathon BnF


ENTRETIEN – Le Hackathon de la Bibliothèque nationale de France, organisé la semaine dernière, a débouché sur l'élection et le développement par l'établissement d'un projet apporté, développé et présenté par des participants, Gallicarte. Mais une autre idée n'est pas passée inaperçue : un générateur de mèmes, ces traits d'humour créés par et pour Internet, à partir des images et et de la numérisation de Gallica... Retour sur Gallicalol.

 

Descartes revu par Blouzouga Memphis via Gallicalol

 

 

Le projet gagnant du Hackathon BnF, Gallicarte, se propose de mettre en place une visualisation cartographique des documents de Gallica, associée à une fonctionnalité de géolocalisation de l'utilisateur, pour lui proposer des ressources proches de lui.

 

L'équipe derrière Gallicalol a choisi une approche plus légère, mais sa finalité n'en est pas moins sérieuse : en proposant aux internautes un outil simple et ergonomique pour s'approprier les documents patrimoniaux de Gallica, ils participent à la popularisation de la plateforme de la BnF et, in fine, de ses ressources.

 

Entretien avec Tam Kien Duong, un des membres de l'équipe Gallicalol.

 

ActuaLitté : Quels ont été les principaux défis dans la conception de Gallicalol ?

 

Tam Kien Duong, pour Gallicalol : Nous n'avons pas vraiment eu de défis dans la conception. Le plus ardu a certainement été de rester concentrer pendant les 24h du hackathon. D'un côté, la fatigue, et de l'autre, garder à l'esprit que nous avions un objectif assez simple pour l'interface : amener l'utilisateur de Gallica jusqu'à Twitter (et un peu dans l'autre sens, ramenez des twittos vers Gallica). Les premiers moments du hackaton ont également été de savoir si ce que nous avions en tête allait pouvoir être réalisé en une journée. Il fallait à la fois ne pas partir sur quelque chose que nous allions terminer en quelques heures et éviter de rester sur quelque chose à l'état de prototype vaguement implémenté.

 


 

Êtes-vous vous-mêmes un utilisateur de Gallica ?

 

Tam Kien Duong, pour Gallicalol :​ Je connaissais de nom, j'avais quelques requêtes de temps en temps pour voir, mais je ne m'en étais jamais servi sérieusement. Que ce soit comme objet d'études ou outils pour mes recherches.

 

Vous connaissiez-vous avant le hackathon ?

 

Tam Kien Duong, pour Gallicalol :​ Une partie d'entre nous, 5-6 personnes, s'était rencontrée pendant Nuit Debout dans diverses actions et commissions. Nous n’avions pas réellement pu travailler ensemble, mais l'envie était là. Après avoir longuement parlé de nouvelles manières de travailler et nos relations au monde de l'entreprise, cela semblait naturel de s'investir dans un projet tel que celui-ci pour contribuer à un projet commun avec un mode d'organisation improvisé qui échapperait un peu au langage habituel sur l'agilité et consorts.

 

L'autre moitié de l'équipe s'est agrégée sur place notamment une personne qui avait le projet d'extraire des images du fond presse ancienne de Gallica. Nous n'avions pas réellement défini de rôle et chacun a trouvé à faire en fonction des nécessités. Un effort a par exemple été fait sur l'animation d'un compte Twitter qui a très bien fonctionné et dont le succès était un peu la preuve de concept vivante de la niche dans laquelle s'insère notre petite application.

 


 

Était-ce votre première expérience en la matière ?

 

Tam Kien Duong, pour Gallicalol :​ Variable. Certains avaient déjà participé à des événements plus centrés sur le monde des bibliothèques et des musées, comme Museomix. D'autres à des hackathons plus traditionnels organisés par des entreprises privées qui se servent de l'engouement à la co-construction inopinée pour faire des sortes de compétitions qui sont également des brainstormings gratos (La nouvelle mode est de carrément appeler cela des « hold-up »).

 

Je suppose qu'on y trouve tous quelques chose ou qu'à la longue, il y a un désinvestissement à cause de ce genre de pratiques. Le fait que cet événement soit organisé par une institution publique autour d'une base de données issue du patrimoine public et en accès libre a certainement contribué au succès du hackathon en termes de coopération entre une institution, ses publics et des acteurs plus éloignés.

 


 

Allez-vous poursuivre le développement de Gallicalol, notamment la précision du moteur de recherche ?

 

Tam Kien Duong, pour Gallicalol : Nous avons déjà commencé à le développer. C'est un petit projet sympa que nous allons pérenniser. Il est conçu pour ne pas être une machine à gaz et nous allons garder cet esprit. Il y a plein de petites améliorations à apporter. Le moteur de recherche est complètement dépendant de gallica. En ce qui concerne, sa précision, je suppose qu'ils sont à la fois sur une démarche d'automatisation d'annotations des contenus et un appel à contribution de la communauté des amateurs et des experts. La recherche d'image à détourner est d'ailleurs un bon exercice de lecture rapide. Ce sont rarement les images dans leur entièreté, mais l'isolation d'un détail qui procure le matériel à « l'imagination » ou à un propos.

 

Le code source est déjà disponible (http://github.com/hackathonbnf/gallicalol) et le développement informatique s'est fait directement aux yeux de tous. 

 

Si ce n'est pour se marrer un bon coup, pourquoi avoir développé un générateur de memes à partir des documents patrimoniaux de Gallica ?

 

Tam Kien Duong, pour Gallicalol :​ Je pense qu'il n’y a pas vraiment d'autres raisons à part fournir un outil disponible à n'importe qui voulant faire du contenu tel que @wtfrenaissance ou @medievalreacts. C'est aussi un petit pied de nez aux demandes du hackathon et propositions plus littérales dans un univers très premier degré. Dans l'autre sens, le propre du mème est la répétition et les fonds patrimoniaux sont une source encore mal explorée de matériaux pouvant devenir des objets culturels contemporains.

 

J'imagine qu'Umberto Eco aurait des choses à dire sur le sujet, notamment sur l'irrévérence aux sources. Nous aurions beaux remettre des liens vers Gallica, mais la viralité est un réseau parallèle d'objets mentaux qui se déconnecte rapidement de ses racines et cette autorité de l'ancienneté n'a pas vraiment de poids. La diffusion de compte comme @history_pics montre bien dans quel régime épistémologique nous nous situons actuellement et que le rapport réel/vérité est encore bien énigmatique. 

 

Cela donne évidemment des idées pour imaginer des interfaces contributives plus sérieuses, mais qui nous semblaient hors cadres.