Henry Miller : "Salvador Dalí est le plus grand connard du XXe siècle"

Nicolas Gary - 05.09.2013

Zone 51 - Insolite - Henry Miller - Anais Nin - Salvador Dali


Le 25 février 1973, un certain Henry Miller griffonne sur un bout de papier quelques mots, évoquant un certain Salvador Dalí. Une bafouille, plus qu'une dédicace, adressée à Pierre Sicari, son coiffeur, en Californie du Sud. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que Miller avait un franc parler et un sens de la formule lui permettant d'être direct, obscène et incisif, le tout dans une seule phrase.

 

 

 

 

Parlant de l'artiste protéiforme, il écrit : « Pour moi, S.D. est un connard de premier ordre. Je le sais d'une expérience personnelle intime. Puisse-t-il vivre pour se faire foutre lui-même », ni plus ni moins. Mais pourquoi donc cette inimitié ? Tout simplement parce qu'en septembre 1940, Miller et l'inoubliable Anaïs Nin avaient passé du temps dans la maison de Dalí, qui s'était métamorphosé en véritable diva, totalement insupportable. Les vacances s'achèvent sur des engueulades phénoménales, et Miller et Nin claqueront la porte pour y mettre un terme.

 

Sauf que tous deux conserveront une rancune tenace, au cours des années qui suivirent, au point que trente ans plus tard, Miller n'a rien oublié.  

 

Miller avait rencontré Dalí en 1938, à Paris, et dès les premiers mots, leur relation avait viré à une douce hostilité, et c'est donc dans la maison de Caresse Crosby, éditrice et activiste américaine décédée en 1981 que tout ce petit monde s'était retrouvé, dans le Hampton Manor, situé à Bowling Green. Dalí était venu avec celle qui n'était alors pas encore sa femme, Gala. 

 

Nin, dans son journal 1934-1944 se souvenait de ces instants, expliquant que Dalí agissait comme si tout le monde était la pour le servir, lui artiste incontestable. Et parmi les choses qui agacèrent rapidement Nin et Miller, les multiples effusions et démonstrations publiques de Dalí et Gala - et les sympathies de Dalí pour Franco, alors que Miller et Nin étaient clairement antifascistes. 

 

Dans une autre gribouille, Miller répétera ce qu'il avait assuré le mois précédent : « Dali est le plus grand connard du XXe siècle. »

  

 

 

via Book Tryst