L'épiderme épistolaire : à la médiathèque, le texte à même la peau

Antoine Oury - 17.09.2018

Zone 51 - Insolite - Manon Moret bibliotheque - Manon Moret Mes Mots - Manon Moret corps ecriture


Ce week-end, les usagers de la médiathèque L'Odyssée, à Lomme, ont pu donner de leur personne au cours d'une performance un peu spéciale. Littéralement : pour sa performance intitulée « Mes Mots », l'artiste Manon Moret les a convié à écrire, avec elle, des phrases à même la peau d'un modèle. Une recherche performée qui l'occupe depuis 2014.


Ce week-end, à la médiathèque L'Odyssée (via Facebook)
 
 

Le temps d'un week-end, à la médiathèque L'Odyssée, « Mes Mots », le projet de Manon Moret, s'est écrit à plusieurs mains : depuis 2014, l'artiste inscrit des phrases sur les corps de différents modèles. « J'ai commencé avec des objets, je les bombais en blanc et les couvrais de mots et, en octobre 2014, j'ai réalisé l'expérience sur un premier modèle », nous explique Manon Moret depuis Lille, où elle réside.

 

« Au départ, j'avais envie de faire parler les objets, je voulais matérialiser la pensée, qui est tout autour de nous, structure le monde. J'ai fait quelques tentatives d'autoportraits avec des mots, en jouant sur les densités pour figurer les contrastes, et puis je suis finalement passé à quelque chose de plus concret. » Physique, même, pour l'écrivaine comme pour son modèle : 4 jours sont souvent nécessaires pour couvrir un corps. 

 

Pour le texte, Manon Moret compte sur son flux de pensées : « C'est une sorte d'exutoire, j'écris ce qui me vient sur le moment. Le modèle aussi va écrire ses propres pensées », dans le cas où il lui prête main-forte.

 

Une fois la personne couverte de mots, Manon Moret la photographie, pour garder une trace de l'expérience une fois celle-ci terminée. Petit à petit, « Mes Mots » est devenu une performance, que l'artiste a déjà réalisée à Paris, aux Grands Voisins. 

 

L'écriture dans la peau

 

Forcément, la médiathèque s'est présentée comme le lieu idéal pour s'écrire : « C'est un lieu incroyable, qui permettait déjà de réaliser la performance dans un espace intéressant, mais en plus d'y ajouter une dimension interactive avec la participation des usagers. » En effet, chacun a pu ajouter ses propres mots sur le corps du modèle, David.

 

À la bibliothèque, un atelier tatouages
pour la bonne cause


Pour eux, mêmes consignes : écrire ce qui passe, avec la possibilité de s'appuyer sur le fonds de l'établissement. « Il y avait des extraits de chansons, de livres, des poèmes... Les usagers allaient chercher dans un livre qui leur plaisait une phrase à inscrire, ce qui permet aussi à des gens qui ont un peu peur de s'exposer de participer. » Seule contrainte, pour assurer la lisibilité de l'ensemble, écrire en majuscules et limiter la ponctuation, quitte à écrire « virgule » à la place du signe, pour privilégier les lettres.

 

Grâce à la table de massage installée au sein de L'Odyssée, il était possible de travailler à plusieurs en même temps, aux côtés de Manon Moret. « Les gens sont restés plus longtemps, il y a eu plus d'échanges au sein de la médiathèque », remarque cette dernière. Certains sont même revenus le dimanche, après avoir participé le samedi : la performance s'est tenue sur deux jours, avec le même modèle.


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« Nous avons pu terminer en deux jours, grâce au nombre de personnes qui ont participé. D'une journée à l'autre, certaines parties s'effacent, l'encre vieillit, s'estompe ou persiste, cela permet d'obtenir des nuances, de réécrire à certains endroits » : les aspects organiques et textuels ne sont pas pour déplaire à l'artiste. « On me demande souvent si mes photographies sont faites par ordinateurs, le montrer ou écrire avec les gens permet de leur faire prendre en compte l'ensemble du processus. »

 

En bibliothèque, des conseils de lecture
basés sur vos tatouages

 

La performance s'est terminée le dimanche à 17h, quelques heures après la fermeture de la bibliothèque au public, et Manon Moret a tiré de l'ensemble une série de photographies sur laquelle elle va désormais travailler. La prochaine étape, pour « Mes Mots », est le recours à plusieurs modèles, simultanément.

 

Manon Moret, après des études d'art à Saint-Luc Tournai en Belgique, a obtenu son BTS en Design Graphique à EFFICOM Lille. Pour découvrir quelques-unes de ses photographies, il est possible de suivre sa page Facebook.




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