L'ex-otage Hervé Guesquière publie son témoignage

Clément Solym - 12.09.2012

Zone 51 - Insolite - Hervé Ghesquière - Journalisme - Afghanistan


Hervé Guesquière effectue une « véritable thérapie » au travers d'un livre racontant sa captivité chez les talibans afghans : 547 Jours. L'ouvrage est paru vendredi, plus d'un an après la libération du journaliste, de son confrère Stéphane Taponier et de leur traducteur Reza. Ce témoignage est l'occasion, pour l'ancien captif, de régler ses comptes avec l'armée française et dénoncer la médiatisation des affaires de prises d'otages.

 

 

 

 

Après avoir mené une contre-enquête auprès de ceux qui l'avaient accusé « d'irresponsabilités », et s'être retiré sur la côte d'Opale pour rédiger son livre, le journaliste nordiste a été publié vendredi chez Albin Michel. Il dévoile sa « part de vérité », avec l'espoir de pouvoir tourner la page.

 

Le livre dresse un parallèle entre les ressentis de sa détention, entre décembre 2009 et juin 2011, et la vague de polémique qui en a résulté en France. Un récit dépeignant ses angoisses au fond de pièces insalubres, son retour en France accompagné de Stéphane Taponier, ainsi que la colère qui s'ensuivit.

 

Le 27 juillet, de retour en France, les deux journalistes ont rencontré le Président Nicolas Sarkozy, qui leur a répondu au sujet des lenteurs de la négociation et d'une éventuelle rançon dont le montant reste inconnu. « La grande difficulté, c'était la libération des prisonniers. [...] Pour moi, la rançon n'a jamais été un problème. L'argent, on sait faire. La difficulté, c'était vraiment les prisonniers. »

 

547 Jours, met en cause l'armée française ainsi que le lieutenant-colonel Jackie Fouquereau, responsable de presse en Afghanistan. Celui-ci avait prétendu que les journalistes s'étaient eux-mêmes mis en dangers, en souhaitant à tout prix rencontrer des talibans. Guesquière dément cette affirmation, et pense qu'elle servait à masquer un manque de contrôle de la situation par l'armée : « Après notre kidnapping, nous devenions la preuve par neuf que les troupes françaises en Kapisa ne contrôlaient rien. Une évidence aujourd'hui, mais un sacré constat d'échec à l'époque. »

 

Bernard Kouchner a accrédité la version de l'ancien otage, en parlant des soldats. Il est d'ailleurs cité dans le livre : « J'ai été intoxiqué par ces gens. »

 

L'auteur dénonce également un paradoxe, au sujet de la médiatisation de son affaire. Selon la position officielle, « plus une affaire d'otages est exposée, plus elle est difficile à résoudre ». Mais il constate que « le silence va être brisé par ceux-là mêmes qui l'exigent ». 

 

Enfin, le journaliste de France Télévision a également donné ses impressions mauvaises quant au traitement psychologique réservé par les services secrets aux otages libérés : « J'ai l'impression d'avoir été aussi bien considéré qu'au guichet de la Sécurité sociale un jour d'affluence. »

 

Hervé Guesquière vient d'intégrer l'équipe d'Envoyé spécial. Il renoue avec un métier qu'il n'a jamais souhaité quitter, et compte enquêter sur Grandange, la cassure industrielle. Il a par ailleurs déclaré être prêt à retourner sur le terrain dans des zones exposées, si nécessaire.