L'imagination, le business model de la presse sur internet

Nicolas Gary - 18.11.2013

Zone 51 - Chez Wam - modèle économique - presse en ligne - pure players


Organisée par le SPIIL, le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne, la plateforme 2081.info a ouvert ses portes. Sa réflexion porte sur les différentes problématiques que la presse internet, les pure players, peut rencontrer - et notamment la question du modèle économique. Membre du SPILL, ActuaLitté a été sollicité pour une contribution, que nous souhaitons reproduire dans nos colonnes. 

 

 

 

 

Il est probablement très simple de vanter un modèle économique qui, bien que fragile, se consolide d'année en année, quand on oeuvre dans un secteur d'information de niche. Mais il est surtout très rassurant de se rendre compte que sans venir des secteurs traditionnels formant aux méthodes de vente, l'imagination est bien plus efficace que les schémas appris sur les bancs des écoles.

 

ActuaLitté est un média qui a choisi cette vraie fausse gratuité, par philosophie plus que par facilité. Et à ce titre, son modèle économique revendique cet accès gratuit aux informations publiées : pas de paywall, pas d'inscription payante. D'abord, parce qu'internet regorge de moyens d'accès aux news, chaque jour. Ensuite, parce qu'il est plus valorisant de trouver des moyens pour financer le travail quotidien des journalistes, quand on est à la tête de la rédaction, en se creusant la tête justement.

 

C'est en imaginant un modèle économique diversifié que l'aventure a pu être rendue possible. Cela implique simplement de s'appuyer sur le plus grand nombre de ressources, et de sources de financement possibles. De chercher comment faire rentrer le nerf de la guerre dans les caisses. Bien entendu, cela passe par une présence publicitaire, mais là encore, cette publicité est nécessaire : elle induit une confiance de la part des professionnels du secteur d'activité, autant qu'une valorisation de l'ouvrage quotidien des rédacteurs.

 

Aujourd'hui, la publicité représente 40 % du chiffre d'affaires de la rédaction, et c'est très bien. Elle-même est d'ailleurs subdivisée : deux régies publicitaires ont en charge de monétiser les espaces, ainsi qu'une agence propre de commercialisation. De ce fait, la rédaction ne dépend pas d'une source unique de revenus. Comme je peux le répéter, si l'une des régies ne vend pas d'espaces, même durant plusieurs mois, cela n'impactera pas la vie de la rédaction. En revanche, cela incitera probablement à se demander s'il faut continuer de travailler avec elle.

 

Il reste donc 60 % de sources de revenus qui sont extérieures à l'affichage publicitaire. Il n'est pas possible de trahir tous les secrets, dont certains découlent d'ailleurs de conditions contractuelles spécifiques. En revanche, il est possible d'en évoquer quelques-uns.

 

Nous avons ainsi mis en place un service de diffusion de communiqués de presse, qui se destine à tous les professionnels du livre. Que ce soit pour signaler un événement en librairie, une rencontre d'auteur, une conférence en bibliothèque, la sortie d'un ouvrage, cet outil est aujourd'hui un moyen de communication utilisé par plusieurs acteurs. Et un financement de plus pour la société.

 

De même, nous allons rouvrir prochainement une librairie. Donc une source de revenus directe, qui ne passe pas par un intéressement aux ventes. Il serait assez scandaleux qu'un magazine parlant de livres soit rémunéré par un pourcentage sur les ventes réalisées – le conflit d'intérêts est évident.

 

Il existe d'autres types de services que nous avons mis en place, autour d'interventions dans le cadre de formations (webmarketing du livre, découverte de la lecture numérique, etc.). Ces approches ne sont pas si éloignées que cela du journalisme, puisque les informations délivrées découlent de la connaissance acquise du secteur, justement au travers des articles.

 

Et puis, il y a des partenariats, dont la monétisation n'est pas immédiate, mais plutôt axée sur le long terme.

 

Toutefois, il faut le préciser : cette approche économique n'a de valeur que pour nous, dans notre secteur, avec ce que nous avons compris du net, certes, mais avant tout de l'industrie du livre. La réalité, me semble-t-il, est que ce modèle n'est pas transposable, mais son esprit peut l'être.

 

Diversifier son modèle économique, voilà ce qui est à retenir. La suite, c'est un peu d'imagination. C'est ce que disait Baudelaire : « L'imagination est la plus scientifique des qualités parce que seule elle comprend l'analogie universelle, ou ce qu'une religion mystique appelle la correspondance. »

 

La correspondance entre les besoins et les attentes, tant des clients que de la rédaction, en somme.