L'ire de Jonathan Franzen s'attaque à Twitter

Clément Solym - 07.03.2012

Zone 51 - Insolite - Jonathan Franzen - Twitter - critique


Jonathan Franzen, c'est un peu le Mathieu Kassovitz des Américains : comme le réalisateur français, il s'énerve souvent, mais lui ne le fait pas en tweets, bien au contraire. Cette semaine, c'est en effet Twitter qui est devenu la cible de l'auteur de Freedom, lequel n'y voit qu'un « médium totalement irresponsable ».


Jonathan Franzen s'était déjà fait remarquer en début d'année pour avoir sévèrement critiqué le livre numérique, qu'il jugeait comme un gadget capitaliste : « C'est à l'occasion du Hay Festival, organisé à Cartagène en Colombie, que Franzen s'est fendu d'une réflexion toute personnelle sur le sujet. « La technologie que j'aime, c'est l'édition paperback américaine de Freedom [NdR : son dernier livre]. Je peux renverser de l'eau dessus, et elle continuera à ‘fonctionner', donc, c'est une technologie assez bonne. Et en plus, cela fonctionnera encore très bien dans dix ans. Donc pas étonnant que les capitalistes la déteste. C'est un mauvais modèle économique.» (voir le Telegraph) » (voir notre actualitté)

 


C'est à l'université de Tulane que Franzen s'est fait l'adversaire du réseau social, devant un public que l'on imagine rompu aux tweets. « Twitter est incroyablement pénible. Twitter incarne tout ce à quoi je m'oppose. C'est difficile de raconter une histoire ou d'argumenter en 140 caractères... » a commencé l'auteur, avant de tenter quelques analogies. « C'est comme si Kafka avait fait une vidéo pour La Métamorphose. Ou c'est comme écrire un roman sans la lettre « P ». C'est un médium totalement irresponsable. Les gens qui m'intéressent sont les lecteurs... surtout les grands lecteurs et les grands écrivains, voilà les gens qui m'intéressent. Et nous n'aimons pas bavasser à notre propos ».

 

Inutile de préciser que l'auteur n'a pas de compte personnel sur le réseau social. Il avait déjà critiqué il y a quelques mois Facebook, qu'il considérait comme « un miroir qu'on aime et qui nous aime ». Pour Jami Attenberg, une auteure qui a assisté à la rencontre avec Franzen, cette position de gardien des lettres est un peu trop facile : « Bien qu'il n'ait pas tort en dénonçant le temps passé sur les réseaux sociaux, il ne comprend pas que beaucoup d'écrivains sont obligés d'utliser le réseau pour leur promotion et la création de leur communauté de fans. »

 

Laissant éclater sa frustration alors que Franzen faisait passer la majorité des auteurs présents sur le réseau pour des midinettes en manque de ragots, elle ajoute qu'« il n'a rien à faire ! Il a un éditeur qui rève de lui chaque nuit, qu'il ait un livre en préparation ou non. Il est libre d'écrire et d'être lui-même, pendant que le reste des écrivains doit se battre pour être entendus et reconnus. » Les twittos rendent bien son amour à Franzen, puisqu'ils ont créé un hashtag #jonathanfranzenhates. Et il ne désemplit pas.