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La bibliothèque de Babel modélisée en 3D

Elodie Pinguet - 23.12.2016

Zone 51 - Insolite - Jorge Luis Borges - bibliothèque de Babel - modélisation 3D


La célèbre bibliothèque infinie de Jorge Luis Borges issue de son récit La bibliothèque de Babel a été récemment modélisée par un certain Jamie Zawinski, d’après la description faite au début du récit.

 

Images issues du blog de Jamie Zawlinski

 

 

La bibliothèque de Babel, qui contient «  tous les livres possibles », à la fois du passé et du futur, abriterait, selon certains lecteurs, environ 251.312.000 ou 1 956 X 101.834.097 livres. Un chiffre astronomique qui composerait l’univers littéraire où chaque combinaison de caractère a déjà fait l’objet d’un récit. Jorge Luis Borges donne une description détaillée de ce que serait cette bibliothèque :

 

« L'univers (que d'autres appellent la Bibliothèque) se compose d'un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d'aération bordés par des balustrades basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement. La distribution des galeries est invariable. Vingt longues étagères, à raison de cinq par côté, couvrent tous les murs moins deux ; leur hauteur, qui est celle des étages eux-mêmes, ne dépasse guère la taille d'un bibliothécaire normalement constitué. Chacun des pans libres donne sur un couloir étroit, lequel débouche sur une autre galerie, identique à la première et à toutes. A droite et à gauche du couloir il y a deux cabinets minuscules. L'un permet de dormir debout ; l'autre de satisfaire les besoins fécaux. A proximité passe l'escalier en colimaçon, qui s'abîme et s'élève à perte de vue. Dans le couloir il y a une glace, qui double fidèlement les apparences. »

 

Il n’en fallait pas plus aux lecteurs pour imaginer leur propre modèle de l’architecture de la bibliothèque. Le dernier en date nous vient d’un programmeur, Jamie Zawlinski, qui a posté son modèle sur son blog avec quelques explications d’ordre logiques et architecturales. Sa réflexion autour du sujet a de quoi donner la migraine. Selon lui, les nombreuses expériences antérieures de visualisations ne sont pas assez fidèles au texte. Il reprend quelques-uns des schémas sur son blog et les commente. Il manque souvent des éléments, comme la chambre, les toilettes ou le couloir.

 

Jamie Zawlinski a utilisé 3D Sketchup, un programme de modélisation. Il a tenté des dispositions, apporté des modifications, avant de changer d’idée… Reproduire parfaitement la bibliothèque de Babel est un travail sans fin, infini même. S’il estime être plus proche de la réalité que les autres, il avoue tout de même que « les vides entre les circuits des chambres me dérangent. Donc je ne pense pas avoir tout à fait raison non plus. »

 

Et alors il pense et explore le monde de l’infini par ses explications détaillées : « Une idée de j’avais était que si la galerie et l’alcôve étaient toutes les deux disposées sur des hexagones de même taille, cela rendrait les choses mieux ou au moins rendrait les vides entre les galeries toujours hexagonaux, au lieu d’avoir des formes bizarres. » Il vient ensuite à s’interroger sur ce que le texte ne dit pas : « Je ne peux pas m’empêcher de penser au poids et à la pression d’une colonne d’air si haute, et comment diriger la plomberie des toilettes, et si les toilettes impliquent la digestion, d’où vient la nourriture ? Existe-t-il une partie de la bibliothèque consacrée à l’agriculture et à la métallurgie ? »

 

Tant de questions sans réponses qui risquent de fasciner encore longtemps ceux qui liront La bibliothèque de Babel. Une quête architecturale s’inscrivant parfaitement dans la vision de l’histoire et de cette recherche sans fin de la connaissance. C’est un challenge intellectuel qui restera malheureusement irrésolu, chacun tentant de s’approcher de la perfection sans y parvenir.

 

C’est une histoire aussi infinie que celle lancée par un auteur américain, Jonathan Basile, qui a essayé de créer un site internet reproduisant la bibliothèque de Babel. Un livre infini, preuve que l’engouement culturel est sans fin.

 

 

Via Hyperallergic