La meilleure des lectures que l'on puisse souhaiter cette année

Nicolas Gary - 06.01.2014

Zone 51 - Chez Wam - lecture - lecture - lecture


Le grand public regarde-t-il d'un oeil dédaigneux, compressé dans les transports en commun, les personnes qui se délectent d'une main tranquille, leurs livres sur un écran ? Mieux : les gens qui agiraient de la sorte sont-ils des snobs ? L'utilisateur d'un lecteur ebook découle-t-il d'une génération post-moderne, de celle honnie qui monte le volume de son smartphone à fond dans le bus, pour abreuver tous les passagers de chants péniblement mélodieux ? Bonne question.

 

 

première nécessité le livre

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Un article du Telegraph ne pose pas la question : il tranche. Faut-il être paranoïaque, quand on sort un lecteur ebook ? Réponse : oui. Parce que dans la tête du quidam qui vous observe, on est nécessairement en train de lire un roman érotique. C'est connu, tout le monde en parle dans la presse : on lit des livres cochons à l'abri de son écran. Et certainement pas de la grande littérature, qui elle, n'importe qui le dira, ne se déguste qu'en tournant des pages de papier, l'index légèrement humidifié... 

 

Bon, si l'on écrème la provocation un brin gratuite du billet, on se rend compte qu'il existe quelque chose d'assez réaliste, dans cette diatribe. C'est que, outre-Manche, les chiffres sont formels : 62 % des 16-24 ans préfèrent encore les livres imprimés. Et finalement, c'est tant mieux. Ou tant pis : c'est qu'importe. Que l'on lise, que l'on ne se préoccupe pas des avantages du papier ou du numérique qu'on laisse à chacun le choix de son format. Et des écosystèmes propriétaires dans lesquels il veut bien s'engouffrer. 

 

Et que les amateurs de lecture numérique n'en profitent pas pour taxer les férus de papier de matérialistes déraisonnables, d'homo sapiens sans conscience, qui comme on le sait, n'est que ruine de l'âme. Évidemment, on exhibe avec fierté une bibliothèque, dont on n'a pas toujours lu les trois quarts des livres scrupuleusement rangés, mais, oh !, les propriétaires de BMW vont-ils souvent à des vitesses excessives ? La propriétaire d'un élégant sac de couturier ne prend-elle pas plaisir à être jalousée quand elle traverse les rues de Saint-Germain-des-Près ? Une jolie bibliothèque a tout de même un peu d'élégance - et qui sait sur quel livre on pourrait tomber, jusqu'à lors inconnu...?

 

Évidemment, il faut un peu d'intimité pour partager sa bibliothèque Kindle avec un proche, être collé l'un contre l'autre, pour parcourir d'un doigt surtout pas humide le catalogue de titres téléchargés... C'est moins confraternel que l'extase ressentie devant une belle ossature de chêne massif, aux fragrances de papier jauni par les âges... 

 

Pourrait-on, en cette année qui débute, faire en sorte que l'opposition entre numérique et papier disparaisse, soyons fous, même des colonnes du Figaro ? Que l'on n'aperçoive plus de titrailles telles que « La cannibalisation du livre par les tablettes » ou des inepties comme « La mort du livre est annoncée », s'il vous plaît ? On ne demande pas - Noël est passé, il faudra attendre douze mois encore - une politique tarifaire acceptable pour les livres numériques, mais au moins de respecter de ceux qui ont choisi de ne pas pirater, en dépit des raisons qu'on leur donne. 

 

 

travailler moins pour lire plus

Laissez-moi bouquiner...

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Que 2014 soit une belle année où les deux formats, les deux habitudes de lecture cohabiteront, sans rivalité, sans que les partisans de l'un n'écrasent les défenseurs de l'autre, sans qu'il se trouve d'un côté les Modernes d'on ne sait quelle modernité, et en face, les Anciens d'une autre époque ? Que 2014 nous démontre que les deux outils sont utiles, et acceptables en tant que tels, qu'il est important de développer des compétences de lecture avec l'un et l'autre, papier et écran. 

 

Il est amusant de se souvenir que j'avais signé, en juillet 2011, un Manifeste, et qu'après deux années et demie, finalement, les demandes sont identiques - à la différence qu'on ne taxe plus ActuaLitté aujourd'hui de magazine pro-numérique. Au contraire, on lui reconnaîtrait presque une certaine expertise.

 

Deux ans et demi... la moitié d'un mandat présidentiel. 

 

Voilà donc près de trois ans, toute la rédaction proclamait, en se revendiquant de l'abbaye de Thélème, Fais ce que voudras, et donc, Lis comme tu voudras. Amusant, avec un sourire un peu amer, de découvrir qu'on doit réitérer ce type de commandements...