Lapsus de clavier chez Québecor, ou le QMI lingus

Nicolas Gary - 23.02.2018

Zone 51 - Chez Wam - ebook Arnaud Nourry - édition livre numérique - agence presse québec


Les déclarations du patron de Hachette Livre ont beaucoup intéressé la presse : « L’ebook est stupide », voici bien quelque chose de fracassant. Et fort logiquement, l’interview diffusée par le site Scroll.in a attiré l’attention. Mais toutes les rédactions ne sont pas égales devant l’information.

 

Pen en papier / Pen and paper
Nationaal Archief - domaine public

 

ActuaLitté fut le premier média francophone à s’emparer du sujet – et pour cause, le sujet ne pouvait manquer d’éveiller tout l’intérêt de nos lecteurs. Merci à eux. Puis, dans d’autres médias francophones, voici qu’une dépêche partie de l’agence canadienne QMI diffuse largement l’information. Dépêche assez logiquement reproduite sur des médias patenaires, comme Canoé.ca, TVA Nouvelles ou Le Journal de Montréal.

 

Lisant l’article de nos confrères, il nous semble bel et bien retrouver nos propres mots... Fierté, grande joie, que de retrouver des propos si semblables aux nôtres qu’on les croirait jumeaux. Et pourtant, tristesse et accablement de voir qu’aucune référence n’était faite à ActuaLitté de la part de l’agence – et par conséquent des multiples médias ayant repris la dépêche.

 

Arnaud Nourry : “Le livre numérique est un produit stupide”
 

Le rédacteur en chef Jules Richer, sollicité avec véhémence, par deux fois nous a évidemment indiqué qu’il niait toute inspiration. Et de réfuter catégoriquement, considérant que toute similitude entre des passages traduits par les soins de l’un(e) de leurs journalistes (coucou !) et notre traduction, serait fortuite. 

 

Un exemple s’impose. Voici notre traduction :

Si vous laissez le prix des ebooks descendre à 2 ou 3 dollars sur les marchés occidentaux, vous allez tuer toutes les infrastructures, vous tuerez les librairies, les grandes surfaces culturelles et vous tuerez les revenus des auteurs.

 

La traduction par QMI / Québécor / un journaliste 

(Ainsi), vous allez tuer toutes les infrastructures : vous tuerez les librairies, les grandes surfaces culturelles et vous tuerez les revenus des auteurs. 

 

Le texte originel :

« If you let the price of ebooks go down to say $2 or $3 in Western markets, you are going to kill all infrastructure, you’re going to kill booksellers, you’re going to kill supermarkets, and you are going to kill the author’s revenues. »

 

Volontairement – parce que c'est là une liberté admise – nous avions décidé de ne pas répéter le verbe "tuer"  avant l’emploi de « grandes surfaces culturelles », qui est en soi, déjà, une interprétation par rapport au terme anglais « supermarkets », transcrit dans l’article indien. Pour alléger la phrase. Le journaliste auteur de la dépêche aura eu ces mêmes sensibilité, interprétation et goût de l'ellipse pour rédiger son billet – mais 24 heures après la parution du nôtre. Diablerie ! Il y a des hasards qui ressemblent à des coïncidences...

Ce qui trouble, c’est qu’en outre, l’expression « grandes surfaces culturelles » est assez idiomatique du paysage français (et pour cause), mais de l’avis de professionnels québécois du livre, on emploie plus volontiers « grande surface », et, rarement, avec la mention « culturelle ». Or, au Québec, on trouve des centres commerciaux avec des librairies dedans, mais à proprement parler, il n'existe pas de grande surface culturelle. D'autant que, dans notre traduction, cela relevait bel et bien à un excès de langage français...
 

En dénigrant l'ebook,
Arnaud Nourry à contre-courant de l'histoire

 

Nous avons tant à nous dire...


Et à poursuivre la lecture, on a le sentiment de plonger directement dans mon propre esprit ! Ma traduction :

Il y a toujours un lectorat pour les livres numériques, mais à un prix qui maintient l’écosystème en vie.

 

La traduction par toi, mon semblable, mon frère :

Il y a toujours un lectorat pour les livres numériques, croit-il mais à un prix (de vente) qui maintient l’écosystème en vie.

 

Le texte originel :

There is still a readership for ebooks but at a price that keeps the ecosystem alive.

 

Tant à partager...
 

Définitivement, nous sommes félins pour l’autre, ai-je envie de miauler ! Et j’en suis définitivement convaincu, quand je retrouve sous la plume agile de ton clavier cette nouvelle citation du PDG de Hachette :

Nous, en tant qu’éditeurs, n’avons pas fait un super travail avec le numérique, a-t-il avoué. Nous avons essayé. Nous avons expérimenté le livre électronique augmenté ou enrichi - mais sans succès. Nous avons essayé les applications, les sites web avec du contenu, mais nous avons connu une ou deux fois des succès, sur des centaines d’échecs.

 

Quand nous avions traduit nous comme suit : 

Nous, en tant qu’éditeurs, n’avons pas fait un super travail avec le numérique. Nous avons essayé. Nous avons expérimenté l’ebook augmenté ou enrichi – ce qui n’a pas marché. Nous avons tenté les applications, des sites web avec notre contenu – nous avons une ou deux fois connu des succès, sur des centaines d’échecs. Je parle de toute l’industrie. 

 

Le texte originel :

We, as publishers, have not done a great job going digital. We’ve tried. We’ve tried enhanced or enriched ebooks – didn’t work. We’ve tried apps, websites with our content – we have one or two successes among a hundred failures. I’m talking about the entire industry. 


Je bats ma coulpe, par ailleurs, de constater les approximations de ma propre traduction : il aurait en effet plutôt fallu rendre le propos par « Nous avons expérimenté LES ebooks enrichis ou augmentés », et non au singulier, « l'ebook / le livre numérique », ainsi que, dans notre symbiose lexicologique, nous l'avons écrit. 
 

Et si c'était vrai ?
 

Alors, voici ce que je te propose, ô toi, peut-être cet être que j’ai toute ma vie cherché, dont l’ombre fugace m’a si longtemps échappé : je vais prendre un billet d’avion, te retrouver à Montréal, Québec ou Ottawa, qu’importe. Nous ne pouvons pas, à 24 heures d’intervalle, éprouver une sensibilité si fusionnelle dans nos traductions, sans que nos âmes ne se soient parlées – et qu'une merveilleuse histoire s’offre à nous. 

Partons baguenauder, les yeux dans les yeux, et nous ébattre, guillerets et alanguis dans ces champs sémantiques que nous partageons, contemplant « les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages », comme l'écrit Baudelaire.


Pis, on parlera de journalisme. Enfin, si ça t'intéresse.

PS : Arnaud, tout ceci ne te concerne que de très, très loin. Mais si tu veux partager ou liker, up to you !

Commentaires

La trad reverso n’est pas tres éloignée de la votre. Allez vous aussi les contacter?



Nous, comme des éditeurs, n'avons pas fait de très bon travail allant numériques. Nous avons essayé. Nous avons essayé les livres électroniques améliorés(augmentés) ou enrichis - n'ont pas marché. Nous avons essayé des apps(applications), des sites Web avec notre contenu - nous avons un ou deux succès parmi cent échecs. Je parle de l'industrie entière.

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