Le poète Robert Herrick, inventeur du smiley en 1648

Nicolas Gary - 16.04.2014

Zone 51 - Insolite - smiley - poète - Sourire


L'histoire va prendre un nouveau sens : un certain Scott Fahlman, aujourd'hui professeur de la Carnagie Mellon University, discutait en ligne avec des amis. C'était le 19 septembre 1982. Il réalisa alors l'impensable, fabriquer une émotion avec des signes de ponctuation. L'histoire était devenue célèbre, ou comment trois signes s'étaient transformés en un personnage, qui sourit. Le Smiley aurait donc, aujourd'hui, 32 ans. 

 

 

 

 

Sauf que… pas vraiment : un certain Vladimir Nabokov avait expliqué, le 19 avril 1969, qu'il apprécierait de voir créé « un signe typographique particulier pour [désigner] un sourire - une sorte de marque concave, une parenthèse arrondie horizontale [supine round bracket], que je souhaiterais écrire maintenant en réponse à votre question ». (voir ici

 

Fahlman était devancé de près de 13 ans, par le romancier… qui lui-même aurait été devancé par un poète, Robert Herrick, qui publia son oeuvre en 1648. Et l'exemple est d'autant plus flagrant, relève le critique littéraire et chercheur, Levi Stahl, que la forme s'associe au fond. 

 

«  Faites-moi tomber, et j'irai m'asseoir 

Sur mes ruines (je continuerai à sourire :)

Réduis-moi en lambeaux, je serai toujours

Patient dans ma nécessité.

Riez des restes de mes vêtements et méprisez

Moi comme une maladie inspirant la crainte

Malgré cela, tel un épouvantail, je poursuivrai ma marche, seul

Ignorant cette dérision. » 

 

"Patient dans ma nécessité" signifiant certainement quelque chose comme « je tiens bon en dépit de mon malheur ».  

 

Ce serait, selon lui, la première apparition d'une pareille utilisation des signes de ponctuation, pour entrer en relation même avec le texte du poème. Et pas question de trouver ici une faute de frappe, assure Stahl, parce qu'il a retrouvé de multiples éditions qui reproduisaient ce symbole. (voir son blog)

 

Au contraire, même, puisqu'une édition du XIXe siècle de ce même poème ferait disparaître ce signe de ponctuation, probablement considéré comme une erreur dans les manuscrits antérieurs. 

 

Cela dit, the New Atlantis, vieux rabat-joie, montre qu'une version de 1862 présente le texte sans la ponctuation, et qu'à ce titre, les « : » auraient pu être ajoutés par un éditeur moderne. On ne saura donc jamais. Slate émet également de vives réserves sur la question... D'ailleurs, c'est en 1862, qu'Abrahma Lincoln fit un discours, lequel contenait ce qui pourrait être un autre type de smiley, plus moderne encore, avec un point-virgule et une parenthèse fermée, aka « ;) ». Si vous tournez l'écran - ou la tête - vous verrez un visage qui sourit…

 

L'idée que le smiley pourrait être aussi vieux que la typographie ferait plus de sens encore : après tout, pourquoi refuser à Gutenberg et ses successeurs la notion d'adéquation entre fond et forme ? Dans tous les cas, l'héritage du poète ne fut pas fulgurant, puisque l'on ne retrouve pas de trace de réutilisation ultérieurement - pas encore ?


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.