#Libéracisme : on a retrouvé Zazie, morte dans le métro

Thomas Deslogis - 09.12.2015

Zone 51 - Chez Wam - voile islam métro - racisme humeur - réponse journaliste


C’est une fin de soirée dans le métro. J’ai bu. Le trajet se fait, tout droit. Un métro quoi. Je trouve alors inutile, si ce n’est méprisant, d’utiliser la quasi-totalité de mon talent littéraire pour en dire plus sur le sens de la marche d’un engin sur rails. 

Par Thomas Deslogis

 

Paris metro

Jimmy B CC BY 2.0

 

 

L’homme en noir est assis au milieu de la rame et semble attendre quelque chose comme une inspiration. Je le reconnais, c’est Luc Le Vaillant, journaliste à Libération moins adepte des idées et des mots que de la polémique pour la polémique et du vocabulaire pour le vocabulaire. Ne pas oublier, j’ai bu ce soir, et quand je bois je dis. Tout simplement, comme tout le monde. On devrait boire en journée. 

 

Ça y est. Le regard du Vaillant s’illumine. Au fond : une femme voilée. Autour : l’hostilité. Craintes liées aux récents attentats + jugements à la con. Cocktail de base très largement dominé par le jugement à la con. Alors à quoi bon ? Quand ce n’est pas la femme voilée, c’est le barbu, quand ce n’est pas le barbu c’est le SDF, quand ce n’est pas le SDF c’est le gros, quand ce n’est pas le gros c’est la jupe trop courte. La boucle du jugement à la con est bouclée. 

 

Mais Le Vaillant, lui, fantasme. A-t-il bu lui aussi ? Fumé peut-être. Son esprit, à cet instant précis, ressemble en tout point aux effets d’un bon gros bédot, quand les idées s’affolent, se bousculent, quand le tri est impossible. Femme. Corps. Sexe. Voile. Terroriste. Bombe. Corps. Sexe. Religion. République. Corps. Sexe. Voile. James Deen. Manger. Voile. Bombe. Sexe… 

 

 

 

Toutes des putes sauf ma sœur et ma mère.

 

L’Islam, c’est mal, comme les punks à chiens. Et ce type à côté qui fixe l’objet du désir de Le Vaillant, veut-il, lui aussi, la palper ? On dira que oui, certainement. C’est aussi ça le journalisme, inventer des détails pour servir la vérité. Le Vaillant ne s’en prive pas. Moi non plus, d’ailleurs, je ne suis pas dans ce métro et je n’ai pas bu. 

 

Pourtant je le vois commencer à transpirer drôlement. Oui, c’est certain, il a fumé. Ça m’est arrivé aussi, fumer un joint avant de prendre le métro est une erreur de débutant. On panique, on se croit repéré, on transpire, on sort avant la station visée, en courant. Et c’est ce que fait le journaliste. 

 

Ça arrive même aux meilleurs. Quoique les meilleurs, eux, attendent la redescente avant de prendre leur stylo, histoire de ne pas dégueuler trop de conneries. Bien fumer, ça s’apprend !

 

Bien sûr, la tristesse véritable de cette histoire c’est que Luc Le Vaillant n’a certainement rien fumé ce soir-là. Il s’est seulement observé lui-même en train d’avoir un jugement à la con. Problème : il est journaliste à Libération, et les réseaux sociaux savent désormais que Le Vaillant, dans le métro, juge.

 

Et pas n’importe comment, non, comme un vrai, un pur, un de ceux qui osent tout, et que c'est à cela qu'on les reconnaît ! 


Pour approfondir

Editeur : Folio
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782070361038

Zazie dans le métro

de Raymond Queneau

- Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai.- Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.- Qu'est-ce qui t'intéresse alors ?Zazie ne répond pas.- Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse ?- Le métro.

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