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Mieux vaut faire chanter Disney qu'un éditeur – ça peut rapporter plus

Victor De Sepausy - 16.05.2017

Zone 51 - Chez Wam - chantage Pirates Caraïbes - Disney pirates informatiques - film rançon menaces Disney


Chez Disney, on doit se manger les doigts – et le responsable de la sécurité informatique a certainement été jeté dans la Caverne aux merveilles d’Aladin... Des pirates informatiques qui dérobent un film inédit, voici qui n’est pas banal. Prévisible, mais soit. Qu’ils réclament une rançon, menaçant de diffuser l’œuvre, voilà qui ne manque pas de piquant.


Castle fireworks
JD, CC BY 2.0

 

 

Ce serait le prochain Pirates des Caraïbes, 5e opus de la saga, que les pirates ont manifestement dérobé. Le grand patron, Bob Iger, a confirmé l’information, mais refuse catégoriquement de céder au chantage. Les pirates ont pourtant été clairs : ils feront fuiter cinq minutes, en guise d’avertissement, et 20 minutes, par la suite, si la rançon n’est pas versée.

 

Comme tout cela est romantique : on se croirait dans Les fourberies de Scapin... sauf que Léandre a ici bel et bien été capturé par des Turcs, qui réclament comme il se doit leurs cinq cents écus. Et que Molière n’avait, en dépit de ses fulgurances, pas envisagé d’écrire ni de jouer une pièce sur le piratage informatique.

 

La diffusion de films avant leur sortie dans les salles n’est donc plus au goût du jour : les pirates sont devenus flibustiers, et, loin d’agir pour donner à chacun le droit de s’enivrer de blockbusters, voici qu’ils réclament de l’argent. Insolence.

 

« Le chantage est une invention de la presse anglaise, importée récemment en France. [...] Beaucoup de gens ont sur la conscience des peccadilles plus ou moins originales », écrivait Balzac dans ses Illusions perdues. Mais ici, c’est le studio américain aux grandes oreilles qui est bel et bien rançonné. 

Oh, bien entendu, on trouverait sans peine des traces de pressions, pour ne pas dire de chantage, dans la correspondance de Céline avec la NRF où il explique qu’il ne donnera Féerie que contre des sommes folles. On retrouve également, dans l'ouvrage d’Olivier Bessard-Banquy, La fabrique du livre, que Victor Margueritte a usé de stratagèmes similaires, Montherlant également avec Grasset.

« Tous les auteurs qui ont eu quelque importance ont à un moment ou à un autre usé de chantage pour obtenir plus et mieux plus ou moins, mais rares sont les documents disponibles qui permettent de prouver tout cela », explique l’auteur.
 

Mickey chante...


 

Des pirates qui menacent des éditeurs, ce n’est d’ailleurs pas dans l’industrie du livre que l’on verrait ce genre de chose arriver – preuve, évidemment, que les pirates de livres sont moins vénaux que ceux du cinéma. En effet, quand, en décembre 2014, on avait découvert le dernier livre de Michel Houellebecq, Soumission, sur les réseaux pirates, personne n’avait réclamé quoi que ce soit à Flammarion (déjà propriété de Gallimard).

 

Certes, Michel n’avait pas le sex appeal de Jack Sparrow, aka Johnny Depp, mais plus certainement, l’enjeu commercial n’était pas non plus le même. Si l’on imagine que le livre a réalisé près de 800.000 ventes en poche et grand format – pas loin de 14 millions € de chiffre d’affaires, tout de même – on est tout de même loin des Caraïbes... 

 

À titre de comparaison, Johnny Depp aurait perçu 90 millions $ pour tourner dans l’épisode 5. Et le premier tome, Le secret du coffre maudit, avait rapporté à lui seul 3,72 milliards $... Comparaison n’est pas raison, mais l’on comprend que, toutes proportions gardées, un pirate aurait plus à gagner de faire chanter Disney que Madrigall. Bien que, dans les deux cas, ce soit mal.