Devenir auteur professionnel par soi-même, impossible pour Cavada

Nicolas Gary - 23.02.2015

Zone 51 - Insolite - Jean-Marie Cavada - Victor Hugo - réforme droit auteur


Fort, très fort, Jean-Marie Cavada, qui en séance du Comité des affaires juridiques européennes a brillé de mille feux. Une audition était organisée ce jour à Bruxelles, autour du rapport Julia Reda. Et JMC a pris la tête du groupe de travail sur le Droit de la propriété intellectuelle et la réforme du copyright. 

 

JMC, tout va de travers ? site de l'eurodéputé

 

 

Rappelons que les conclusions du groupe « serviront de point de départ à la réforme du droit d'auteur et permettront de présenter des propositions concrètes et innovantes à la Commission européenne ». Ceci étant posé, les observateurs qui ont pris le temps de suivre les échanges vont grincer des dents.

 

« Paternaliste ET condescendant, dans la même séance, c'est particulièrement fort », confie l'un des micros situés dans la pièce. Interpellant la rapporteuse, Julia Reda, et saluant son caractère héroïque, JMC n'a pas hésité à insister : la fougue de la jeunesse de l'eurodéputée saurait être tempérée avec le temps, et son enthousiasme n'était autre que le fruit d'une évidente inexpérience. 

 

En somme, il faut bien que jeunesse se passe. « C'était la classe internationale », se souvient la chaise sur laquelle l'auguste séant était posé.

 

Tout aurait pu rester dans la même veine, jusqu'à la saillie ultime de l'étalon rhéteur. Selon lui, et à raison, il ne suffit pas de jouer de la guitare pour être un artiste professionnel. Et de même, il assène : « Mon neveu aussi est auteur, mais il n'est pas Victor Hugo. » 

 

L'eurodéputé n'est en effet pas convaincu que l'on puisse se forger une carrière d'auteur professionnel, sans avoir une structure éditoriale autour de soi. Et non sans un certain mépris, il compare donc les travaux d'écriture de son neveu de 17 ans, à ceux de personnes qui ont pourtant démontré leur engagement dans l'écriture, proactivement, et avec une démarche professionnelle.

 

Alors, peut-être est-il utile de préciser qu'avant d'être Hugo, Victor fut enfant. Et effectivement, les vers de Victor n'étaient certainement pas ceux de Hugo – tout le monde n'a pas la précocité d'Arthur Rimbaud. Certes. Mais c'est ici que l'on retrouve la grande formule, brillamment passée à la postérité : « [T]ous les textes ne sont pas des livres. C'est l'éditeur qui fait la littérature », dont l'exégèse a depuis permis de mieux comprendre le propos

 

Manifestement, l'idée est férocement ancrée qu'un auteur n'a pas la possibilité de devenir professionnel par lui-même. Si l'on en est encore là...