My tailor is rich, et mon prof de lettres s'appelle Philip Roth

Antoine Oury - 07.05.2014

Zone 51 - Insolite - Philip Roth - Pennsylvanie - Lisa Scottoline


Les bancs de l'université, le brouhaha des étudiants avant que le professeur n'entre dans l'amphi... Philip Roth a connu tout cela, deux fois : en effet, l'écrivain fut également professeur, notamment à l'Université de Pennsylvanie pour quelques séminaires au début des années 1970. Une ancienne étudiante, aujourd'hui auteure, se souvient des cours du professeur Roth dans un article du New York Times...

 


Philip Roth, en 1973

 

 

Le professeur n'est pas tout à fait comme les autres : il a  déjà reçu un National Book Award, vient de publier Portnoy et son complexe, et apparaît aux étudiants tout auréolé d'une glorieuse réputation d'écrivain. « Très franchement, je voulais seulement être dans la même pièce que lui », se souvient l'ancienne étudiante Lisa Scottoline. « En plus, le séminaire portait sur la "Littérature du désir" : qui n'aurait pas envie de lire des livres cochons avec Philip Roth ? »

 

Bref, l'homme est attendu, et l'ambiance est électrique lorsqu'il entre dans l'amphi : les 15 étudiants qui suivent le cours sont « quasiment tous des femmes amoureuses de Philip Roth ».

 

 

 

 

 

L'entrée dans la classe semblait être un moment crucial du cours : « C'est un type dégingandé, très grand, qui marche voûté, son visage apparaissait en premier avant que son corps ne suive, comme une girafe lettrée. Il portait une chemise type Oxford avec des carreaux bleus et blancs, un pantalon kaki avec une ceinture de cuir marron, des chaussures brunes. Une tenue qu'il allait porter pratiquement pour tous les cours », se souvient distinctement Scottoline.

 

Le cours n'est ensuite pas bien différent d'un autre, dans son déroulement : avec Roth derrière le pupitre, les étudiants se penchent sur des passages signés Flaubert, Robert Musil, Milan Kundera, Mishima, Saul Bellow... Lisa Scottoline assistera plus tard à un autre séminaire, sur la littérature de l'Holocauste, et peut certifier que « Mr. Roth » accordait aux deux thématiques le même sérieux dans son traitement.

 

« Avec le recul, j'ai compris qu'il était un de mes meilleurs professeurs, pas seulement grâce à son génie, mais aussi à la distance. Nous étions un groupe de filles faciles à amadouer, nous voulions deviner ce qu'il voulait entendre, et le dire pour lui », admet-elle. Mais le groupe s'est finalement retrouvé face à un mur, qui, « en retenant sa personnalité, ses opinions et ses pensées, il nous a forcés à nous tourner vers notre personnalité, nos opinions et nos pensées ».

 

Lisa Scottoline a, depuis, signé plus d'une vingtaine d'ouvrages...