Numérisation : la BnF aliénée aux intérêts privés d'éditeurs

Clément Solym - 11.03.2011

Zone 51 - Insolite - oeuvres - numeriser - bnf


Mais pourquoi ? Le syndicat FSU ne comprend pas. L'accord signé entre la BnF, le SNE et la SGDL, permettra la numérisation de 500.000 ouvrages épuisés encore sous droit - en piochant dans le grand emprunt pour y parvenir. C'est bien, mais que contient cet accord ?

« Depuis la signature de l'accord, nous avons assisté à une large communication sur la réalisation, mais pour ce qui est du contenu de cet accord, la direction de la BnF refuse de nous le communiquer », nous explique le syndicat. « Il y a quelque chose de pourri au Royaume de Danemark. »

L'accord reste étrangement secret

Dans un communiqué, le syndicat pointe que cet accord, tenu secret « remet en cause la maîtrise de ses choix en matière de numérisation et, surtout, compromet comme jamais les conditions d’un accès libre et gratuit de l’ensemble de ses collections à tous ses lecteurs, sur place comme à distance, avec, pour seules limites, celles du droit de propriété intellectuelle ».


Une opacité insupportable, intolérable, qui laisse clairement envisager, estime le syndicat, que « la possibilité d'un accès universel aux textes » numérisés n'est absolument pas garantie. « Par trois fois, la direction nous a refusé la communication du contenu de l'accord. C'est troublant, et choquant, pour tout un chacun. La numérisation des 500.000 ouvrages va avoir un coût très lourd. Que l'on prenne dans l'argent alloué par le Grand Emprunt ne change rien : la somme dédiée à la BnF pour la numérisation du fonds patrimonial suffisait déjà à peine. »

« Avec ce refus, nous assistons à une immense aliénation du bien public. C'est du jamais vu. C'est le contribuable qui paye : il a le droit de savoir ce qui va se passer. »

Dans ce contexte, le syndicat rappelle également que des collusions ont lieu. Après tout, Antoine Gallimard, président du SNE siège également au Conseil d'Administration de la BnF, depuis avril 2010. (notre actualitté)

Un vrai marché de dupes

De quoi laisser croire à un lobbying qui tenterait de profiter de l'avantage financier gigantesque que représente cette numérisation, financée par les deniers publics, et dont profiteront des sociétés privées. Cependant, c'est la dure loi du code des marchés : à compter qu'un des contractants refuse de dévoiler le contenu de l'accord, ce dernier reste secret.

Un recours juridique est toujours envisageable, mais ne change rien. Pour le syndicat, il devient inacceptable qu'un tel marché de dupes soit mis en place, attendu que la BnF se retrouverait aliénée à des intérêts privés.

Néanmoins, apprend-on, l'administration de l'établissement semble tout à fait consciente de problèmes qui se posent et l'on nous confie que le président Bruno Racine n'aurait manifestement pas eu toute latitude de pouvoir refuser l'accord.

Ce qui est clair, estime le syndicat, c'est que les ouvrages numérisés doivent être accessibles gratuitement, et pour toute personne qui se connectera alors au site de la BnF. Et surtout, que Gallica ne devienne pas « une rampe de lancement pour les oeuvres des éditeurs ». (notre actualitté)