Pas assez de livres ? Comment remplir ses étagères sans goût ni charme

Nicolas Gary - 16.12.2019

Zone 51 - Insolite - meubler bibliothèque - Marie Kondo - rangement appartement


Finissons 2019 — d’ici pas longtemps… – sur une note conflictuelle, ça permettra à 2020 de démarrer avec une ambiance paisible et heureuse. Chiche. Cette année s’est étonnamment posée la question de comment gérer sa bibliothèque personnelle. Plusieurs champs de force se sont affrontés, avec d’étranges perspectives. Et voici qu’une nouvelle orientation se dessine : celle du remplissage à tout crin. Ou quasi.


moi, j'adore lire sur le toit de la maison... pixabay licence
 

Ranger, ou jeter, la belle affaire


La Japonaise fan de rangement Marie Kondo, avait provoqué un véritable tollé, en suggérant que finalement, à moins d’être viscéralement attaché à ses livres, il était tout à fait envisageable de les jeter. « Prenez chacun de vos livres dans vos mains et sentez s’il suscite en vous de la joie. » Si tel n’est pas le cas, alors poubelle.

Pas forcément plus intelligente, mais devenue rapidement tendance, le rejet du livre comme objet de déco, avait poussé certains à les ranger à l’envers. Si, si, côté tranche, et non plus côté dos : impossible de savoir quel était l’ouvrage en question sans le sortir de la bibliothèque, l’idée était d’exposer du papier, plutôt que de la culture — consommée ou non.

Cette idée, apparue en 2017, aura cheminé tout du long jusqu’en 2018 — elle semble avoir pris du plomb dans l’aile depuis. Il est vrai qu’être à la mode est une ambition de feuille morte, que l’on ne souhaite à aucun livre.
 

De l'art de la bibliothèque comme paraître


Quelque temps plus tard, surgissait comme un diable de sa boîte, le métier de décoratrice d’intérieur — option création de bibliothèque. Ici, il s’agissait moins d’organiser son espace vital que donner une note à son appartement, à travers des sélections de livres. Et encore, pas n’importe comment : soit des notes de couleurs, en choisissant des couvertures, soit des thématiques spécifiques.

« Ma philosophie est que les livres que nous conservons sur nos étagères reflètent qui nous sommes. Mais le problème avec les livres, c’est que vous ne pouvez pas vraiment en lire plus d’un en même temps », indiquait Thatcher Wine, à l’origine de cette tendance, et qui accompagne les grandes stars.

Du livre devenu objet de décoration, pour donner à son home sweet home un petit goût d’intellectualité, teinté de m’as-tu-vutisme…
 

Meubler le vide de son existence


Ce phénomène de « book curator », relève Mph Books relativise la toute-puissance du Liiivre (notez bien l’ascenseur phonique sur le « i » qui donne sa force à l’objet-mot !). Car les dérives existent dans la perspective de constituer des bibliothèques totalement artificielles, ne dévoilant ni des goûts de lectures souhaitées ou effectives ni même un historique de ses propres moments de solitude livresque…

Premier point : celui de se fournir. « Ne pas posséder assez [de livres] signifie que vos étagères auront l’air étroite et nue — et un book curator peut vous aider à les meubler. Mais vous pouvez faire la même chose pour bien moins cher : les marchés aux puces, les friperies, les ventes de garage sont d’excellentes sources de livres », apprend-on.

En somme, acheter des rebuts au kilo, faire le tri par soi-même, et peupler des murs d’étagères désertées avec tout ce que l’on aura trouvé ? Absolument. Et pour les plus digital natives, fouiner sur la toile pour trouver des occasions à bas prix, histoire de « remplir une étagère en un rien de temps ». Voici ce que le métier de book curator serait donc au final : l’art d’occuper l’espace, sans véritablement se préoccuper de ce avec quoi on meuble. 

Les conseils viennent d’une certaine Darla DeMorrow, équivalent de Marie Kondo aux États-Unis, qui est autrice de plusieurs ouvrages sur l’art d’aménager et d’organiser son petit foyer. Elle ajoute, presque par provocation, qu’il est possible de créer « une collection qui vous est utile et reflète vos goûts ».

Sauf qu’il « ne faut pas s’accrocher aux livres parce qu’on estime qu’il le faudrait ». Le nihilisme prend une envergure délirante quand elle conclut de la sorte : si vous avez des livres français, même sans savoir le lire, « gardez-les, parce que cela fera de vous le genre de personne qui l’apprendra un jour ».

Comme le ponctuait Philippe Meyer, matutinalement : « Je vous souhaite le bonjour. Le progrès fait rage. Le futur ne manque pas d’avenir. » Car après tout, il est bien des livres qui servirent à caler des armoires...
 


Commentaires
Et pourquoi pas des livres pour améliorer l'acoustique d'une chambre ou pour isoler du bruit, soit son propre bruit, soit celui des voisin. Rien ne dit qu'un jour on les lira.
Moi je remplis mes étagères de liseuses maintenant. C'est encore plus hype.
j'ai envie de faire un autodafé avec tous ces experts en déco.
Je ne pensais pas que le snobisme et la mode s'incrustaient même dans les bibliothèques, mais je suis si naïve...

Chez moi, classement par ordre alphabétique d'auteur pour la fiction (science-fiction à part, parce que j'en ai beaucoup), et par thème (à la louche) pour les documentaires.

Paradoxalement, ça donne une impression de désordre parce que collections et maisons d'édition sont mélangées, alors que c'est le seul endroit de mon appartement qui est bien rangé ! Je ne comprends même pas qu'on les classe par couleur, ou autre considération esthétique : un livre sert à la lecture, pas à la déco !
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