Payer pour lire, payées pour rire : du marketing à l'égyptienne

Clément Solym - 02.08.2010

Zone 51 - Insolite - payer rire lire - métro Egypte marketing - éditeur notoriété


Si l'on vous proposait 8 € de l'heure pour lire un livre dans le métro, vous accepteriez ? Et surtout, une seule consigne, amusez-vous, riez, faites-vous remarquer, pour que l'on remarque le livre. Diabolique, non ? Parce que le quidam face à vous se dit que l'ouvrage doit être fort sympathique, et qu'avec un peu de chance, les 8 € investis pourraient rapporter bien plus de ventes...

Jennifer Belle, auteure de The Seven Years Bitch, s'est décidée suite à la lecture d'un article faisant état de pleureuses en Chine, durant un deuil et plus particulièrement, l'enterrement. Plus ça pleure, plus le cortège est réussi. La technique est connue depuis l'Égypte, mais l'idée de la détourner pour du marketing viral assurant la promotion d'un livre...

Un plan diabolique

Cela traînait dans son cercle d'amis et auteurs depuis quelque temps déjà. Et finalement, apprenant de son éditeur qu'il n'y aurait pas de publicité, elle s'est décidée. C'est là que se monte le The Laughter Project. Une petite annonce, proposant à des femmes de 25 à 75 ans 8 $ de l'heure, pour lire un livre dans le métro. Seule exigence, un rire convaincant.

Une envie de retourner dans le passé, et non d'aller chercher la promotion de son livre sur internet ou dans les journaux. Et l'annonce fait son effet : 600 personnes répondent avec des liens YouTube qui accompagnent leur CV, où on les voit rire. Elle rencontre les candidates, met au point sa stratégie de lecture dans le métro, avec des grilles de changements, de lignes, mais également dans des parcs, en ciblant les horaires les plus attractifs.

Jennifer auditionne 150 candidates et voilà comment The Laughter Project se met en place dans les couloirs et les rames de métro. Jusqu'au jour où un ami lui raconte avoir vu une personne dans Washington Square Park, lisant son livre, et hurlant de rire. « Je sais. Je l'ai payée pour le faire », répond-elle. Consternation dubitative...

 

Des vidéos devenues virales


Et ce qui n'était qu'une campagne marketing se change alors en happening incroyable. Un journaliste du New York Times est au courant de l'histoire, réalise des vidéos et voilà que l'affaire prend une tout autre tournure. Montant des opérations : 65 $ pour l'annonce, 50 $ pour le studio de danse ayant servi aux auditions, 110 $ pour le montage de vidéos de promo et 500 $ d'achat de livres fournis aux actrices. Ces dernières auront coût 320 $.

Et une invitation à une émission radio pour parler de ce projet, une vague de plagiats et d'auteurs qui mettaient en profil sur Facebook des personnes hilares lisant leur livre, etc. Retour sur investissement ? Difficile à quantifier, bien sûr. Et face à des Twitter ou Facebook, ou des blogs, qui sont des activités épuisantes de promotion, Jennifer estime s'en être bien sortie.

Dont acte.

Un acte d'imagination ayant coûté 1045 $, et qui démontre à quel point les auteurs sont capables de tout faire pour assurer la vie de leur livre... Sur un tout autre modèle, Nicolas Ancion nous racontait comment il s'était pris en main pour réaliser une vidéo promotionnelle de son livre, mettant en scène la libraire Mots et Cie, située à Carcassonne.