Phèdre, par Florence Foresti : le classique ne séduit plus

Nicolas Gary - 04.06.2014

Zone 51 - Humour - Florence Foresti - Nicolas Bedos - Racine


Décidément, la cérémonie des Molières aura été riche en rebondissements : sous le haut patronat de Nicolas Bedos, les invités et les animations n'ont pas manqué… sans que l'on en oublie le théâtre, sans qui, oui, les planches ne brûleraient pas aussi bien, sous le feu de projecteurs avides d'éclairer les visages expressifs de comédiens venus divertir un parterre de spectateurs dont la surprise le disputa soudainement à l'émerveillement lorsque Florence Foresti fit… une déclaration d'amour racinienne à Nicolas Bedos.

 

 

Le Jour ni l'Heure 0687 : plaque sur la maison où mourut Jean Racine, 1639-1699, 24, rue Visconti, ex-rue des Marais-Saint-Germain, Paris, VIe arr., vendredi 31 août 2012, 17:59:34

Renaud Camus, CC BY 2.0, sur Flickr

 

 

Phèdre, Phèdre, Phèdre. Pour qui ne se souvient pas de l'Acte II, scène 5 (c'est une honte : un pareil chef d'oeuvre !), voici un petit récapitulatif. Phèdre aime Hippolyte, qui ne le lui rend pas spécialement. C'est que, voir sa belle-mère se répandre, alors que son propre père, Thésée, pour mémoire, n'est pas au foyer, c'est assez délicat. Ou indélicat. 

 

Et pour célébrer le théâtre, c'est à l'occasion de sa prise de parole que l'humoriste, Florence Foresti, décide d'incarner Phèdre, un instant, pour une déclaration d'amour légèrement revue et corrigée. Voici la version originale : 

 

Ah ! cruel, tu m'as trop entendue !

Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.

Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.

J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,

Innocente à mes yeux, je m'approuve moi−même,

Ni que du fol amour qui trouble ma raison,

Ma lâche complaisance ait nourri le poison.

Objet infortuné des vengeances célestes,

Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.

Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc

Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;

Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle

De séduire le coeur d'une faible mortelle.

Toi−même en ton esprit rappelle le passé.

C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé :

J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,

Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine. 

De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?

Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.

Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.

J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.

Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,

Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.

Etc.

 

Et voici ce qui s'est passé durant la cérémonie des Molières. Nul doute que Jean-Baptiste Poquelin a dû sourire…

 

 


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