Playboy sous le charme d'une sulfureuse Emma Bovary

Clément Solym - 27.08.2010

Zone 51 - Insolite - playboy - bovary - extrait


Faut-il considérer qu'Emma aurait pu compter dans les rangs des playmates si elle avait été de notre monde ? Dans tous les cas, la décision de Playboy de publier un extrait de Madame Bovary, traduit par Lydia Davis semble un appel du pied plutôt clair.

Selon le mensuel, il s'agit simplement du « roman le plus scandaleux de tous les temps ». Même le fondateur du magazine, Hugh Hefner, s'est fendu pour l'occasion d'un tweet, avouant qu'il porte le roman de Flaubert au rang des grands ouvrages.

« Bien que Madame Bovary ait occasionné un véritable scandale lors de sa sortie, il ne peut plus choquer aujourd'hui, en partie à cause de Playboy et son rôle, dans, mettons, dans la définition de ce qui est déviance, mais également pour ce que le livre Bovary lui-même a été écrit (et brillamment). Elle a ainsi changé les normes de ce qui était acceptable dans le domaine de la fiction ».

Pas tout à fait faux... En effet, en 1856, deux procès ont cours en France, l'un contre Les Fleurs du mal de Baudelaire, l'autre contre Madame Bovary. Les deux pour atteinte aux bonnes moeurs. Ce n'est que mieux soutenu que Flaubert s'en tirera sans avoir à censurer son texte, tandis que pour le malheureux poète, il faudra amputer quelques pièces de son recueil.

Lydia Davis est également connue pour des traductions d’écrivains d'envergure comme Marcel Proust ou Michel Foucault. C'est entre deux playmates légèrement - ou peu légèrement - dénudées que les lecteurs de Playboy apprendront tout sur la vie délurée d'Emma. « La transformation d'Emma, passant de l'épouse provinciale ennuyeuse à l'enthousiaste femme adultère, nous rappelle quel scandale peut être la condition humaine », précise-t-elle.

L'extrait en question est celui où Emma fait une balade à cheval avec son amant Rodolphe. Cette nouvelle traduction paraîtra chez Penguin le 23 septembre. Pour Lydia, tout l'enjeu de ce nouveau texte aura surtout consisté à ne pas faire ce que les traductions antérieures proposent. Elle en aurait dénombré une quinzaine en tout.

Citée par l'AFP, elle précise que le livre en lui-même ne l'enthousiasme pas. « J'aime les héroïnes qui réfléchissent et ressentent les choses. Je ne trouve Emma Bovary ni admirable ni digne d'affection. Mais c'était également le cas de Flaubert ».

Pour en savoir plus, rappelons que l'université de Rouen a mis en ligne, en avril 2009, l'intégralité du manuscrit originel, retranscrit par la bonne volonté de bénévole. « On trouve aussi bien des élèves de seconde qu'une femme de ménage, une assistante sociale et même un prospecteur de pétrole », expliquait Danielle Girard, coordinatrice du projet.