Pour écrire mieux, écrivons bourrés

Clément Solym - 02.04.2012

Zone 51 - Insolite - alcool - créativité - bénéfique


« La route de l'excès mène au palais de la sagesse » écrivait William Blake, et l'aphorisme a été en partie vérifié : la consommation d'alcool semble avoir une bonne influence sur la créativité. C'est en tout cas la principale conclusion d'une étude scientifique sur le sujet. Si vous ne roulez pas sous la table, un petit shot de vodka devrait donner à votre cerveau l'impulsion nécessaire pour faire des merveilles.

 

L'expérience a été menée auprès d'un panel de 40 buveurs modérés, auxquels ont été confrontés 40 autres individus sélectionnés d'après leurs résultats à un test antérieur sur la mémoire. Après avoir ingéré un repas composé de bagels, les participants ont regardé le film Ratatouille, pendant qu'on leur servait, au choix, un coktail vodka-cranberry calibré selon les rations de bagels ingurgitées, ou bien un verre de soft. Certes, c'est bien plus agréable que de donner son sang.

 

 

Au bout d'une heure de projection, les participants ont reçu un test dans lequel ils devaient sélectionner le mot fréquemment associé à un autre syntagme, sans que les deux ne soient forcément liés. Et les résultats sont là : les sujets alcoolisés ont résolu 38 % de questions en plus, et leur rapidité est bien supérieure à celle de leurs collègues sobres. Les résultats de l'étude, menée par Andrew Jarosz et des scientifiques de l'université de l'Illinois, ont été publiés dans les revues réputées Consciousness and Cognition et New Scientist.

 

Les conclusions de l'étude précisent toutefois que la créativité ne semble stimulée par l'alcool que lors de consommations modérées. Jennifer Wiley, professeure de psychologie à l'université de l'Illinois, met en garde contre tout excès, qui neutraliserait sans doute la Muse : « Nous avons procédé à des tests sur des individus légèrement alcoolisés, et jamais saouls. De fortes consommations d'alcool n'auraient sûrement pas les mêmes effets que ceux observés pendant l'expérience. »

 

Une performance de l'artiste Bryony Kimmings peut faire figure d'étude un peu plus pragmatique : pour 7 Day Drunk (Bourée 7/7), la jeune femme a décidé de maintenir son taux d'alcool à un niveau élevé pendant une semaine complète, en ingérant régulièrement un verre de vodka... ou plusieurs, puisqu'elle a consommé pour son Vodkathon 5,5 litres de boisson incolore. Sous le contrôle d'un psychologue, d'un psychiatre, d'un neuroscientifique et d'un sociologue, l'artiste bien entourée a composé de la musique, écrit des chansons, dessiné et mis au point des chorégraphies. Bryony Kimmings a elle-même noté que sa créativité était supérieure à la moyenne habituelle, mais aussi qu'une sévère dépression s'était invitée vers la fin de l'expérience. 

 

On y apportera peut-être moins de crédit qu'à une déclaration de scientifiques, mais nous terminerons cet article par une observation de Charles Bukowski, docteur ès substances alcoolisées, telle qu'elle est rapportée par Jean-François Bizot en introduction des Contes de la folie ordinaire : « La bière, ça te donne pas des rushes comme l'alcool et ça tient compagnie toute la nuit. Le problème avec les joints, c'est que tu te marres et que tu arrêtes d'écrire ! »