Pour ne pas tourner en rond, la balle scripturale de Nietzsche

Antoine Oury - 13.12.2013

Zone 51 - Insolite - Friedrich Nietzsche - machine à écrire - balle


On connaissait déjà un outil utilisé par Nietzsche dans sa pratique de sa philosophie, le marteau. Il s'avère que sa machine à écrire est plutôt atypique elle aussi, puisqu'elle se présente sous la forme d'une sphère. Un passage nécessaire à l'écriture mécanique, pour le philosophe, atteint par des déficiences oculaires à la fin de sa vie.

 

 

 

 

Dans les années 1880, la vue du penseur s'amenuisait à vue d'oeil tandis qu'il se préparait à écrire ses oeuvres majeures. Pour ce faire, il choisit de s'équiper d'une machine à écrire, et jette son dévolu sur le fabricant Malling-Hansen, et sa « balle scripturale ». Un modèle portable, qui permettait au philosophe presque borgne (son oeil droit ne percevait que des « images déformées ») de se déplacer sans perdre le fil de sa pensée.

 

Face à la concurrence de Remington, déjà présent sur le marché, la balle scripturale de Malling-Hansen, fabricant danois, était « plus rapide, et son écriture plus claire et précise que l'instrument américain », souligne un journaliste de l'époque. « L'appareillage danois a plus de touches, est beaucoup moins compliqué, fabriqué avec une précision plus grande, plus solide, pour une machine plus petite et plus légère que la Remington, et, par ailleurs, bien moins chère. »

 

Nietzsche aurait abîmé son propre modèle au cours d'un voyage à Gênes, et, peu doué en mécanique, aurait faussé le mécanisme en tentant de le réparer... Avant ce souci technique, le philosophe aurait toutefois rédigé près de 60 manuscrits sur la machine, dont ce petit poème, ôde au machinisme :

La balle scripturale me ressemble

Faite de fer mais aisément remodelée par les voyages

Patience et tact en abondance sont nécessaires

Aussi bien que des mains habiles pour l'utiliser

La machine est bien entendu d'un fonctionnement étrange, mais constitue l'ancètre de l'ordinateur portable, pour beaucoup de spécialistes. On comprend mieux, en tout cas, pourquoi le philosophe a rapidement choisi les aphorismes pour mettre en forme sa pensée, plutôt que les textes au long cours.

 

 

 

(via Open Culture)