Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Pourquoi estampiller les livres sur l'Afrique d'un acacia

Julien Helmlinger - 15.05.2014

Zone 51 - Insolite - Afrique - Illustration de couverture - Marketing


Les clichés d'acacia immortalisé sur fond de soleil couchant, et ciel rougissant de rigueur, ne découleraient pas des impératifs d'un label éditorial. Pourtant, comme le fait remarquer le lecteur Simon Stevens, les livres traitant de l'Afrique, peu importe leur sujet, sont souvent ornés de cette même illustration de couverture. L'on en viendrait à se remémorer la nonchalante création publicitaire façon Octave, protagoniste du 99 francs de Beigbeder, en essayant d'imaginer le pourquoi de cette redondance. Vous reprendrez un peu de yaourt ? 

 

 

Simon Stevens, lecteur qui n'a pas les yeux dans sa poche

 

 

Certes l'acacia et le ciel rouge, ça tape à l'oeil et nous ferait presque oublier la grisaille de nos villes et campagnes occidentales. Alors, les éditeurs nous en mettent partout, que le livre traite du Mali, de l'Ouganda, du Zimbabwe ou peu importe. Le cliché se serait emparé de tous les registres, styles et auteurs, pour peu que les oeuvres partagent cette thématique commune africaine. Serait-il impossible de s'élever au dessus du gros cliché ?

 

L'industrie du livre africaine se porterait plus ou moins bien en fonction des pays, des éditeurs étrangers au continent s'y impliquant parfois, notamment français, quand l'édition indépendante locale émergerait peu à peu. Tandis que les services marketing sont généralement allergiques aux prises de risques, leurs créatifs se laisseraient-ils aller doucement à la paresse ? 

 

Peter Mendelsund, directeur artistique associé chez Knopf, mais aussi auteur sur cette question de recyclage stéréotypique, estime qu'« au moment où le manuscrit est prêt à être produit, il ya une très forte tentation de suivre un chemin déjà tracé. Si quelqu'un quitte la branche et essaie quelque chose de différent, et que le livre ne se vend pas, vous savez qui blâmer : le gars qui n'a pas mis l'acacia sur la couverture ».

 

Pourtant, il faut admettre que ce procédé ne rend ni justice au continent africain, ni même au lecteur étranger qui s'y intéresse. Certains critiques mettent en cause des « attitudes postcolonialistes et orientalistes » qui pousseraient à représenter visuellement l'altérité du continent d'une manière sécurisante plutôt que de forcer l'empathie du public.

 

Outre l'acacia africain, la critique est valable pour d'autres clichés et d'autres régions du globe. Par exemple, nombreux sont les livres qui représentent le Moyen-Orient avec une femme voilée...