Promotion du livre de Frédéric Lefebvre à l'Assemblée nationale

Nicolas Gary - 05.06.2014

Zone 51 - Insolite - autopromotion - Frédéric Lefebvre - Assemblée nationale


En début de semaine, ActuaLitté découvrait avec émerveillement que le député UMP Frédéric Lefebvre se lançait dans la publication numérique et gratuite de son dernier ouvrage. Manifestement, son ancien éditeur, Le Cherche Midi, n'avait pas même entendu parler de cette publication, proposée chez UPublishers. Disponible en formats PDF, Kindle et EPUB, le livre se présente comme un manifeste de la pensée politique.

 

 


 

 

Si le format numérique sert aujourd'hui de support publicitaire, autant que le papier, auprès des politiques, sa diffusion gratuite assure, logiquement, une plus importante diffusion sur les réseaux. Manifestement peu satisfait des scores de téléchargement de ses écrits, le député s'est, à l'occasion d'une intervention à l'Assemblée nationale, changé en attaché de presse pour son propre compte.  

 

Frédéric Lefebvre avait en effet proposé un amendement, n°70, et rejeté, dans lequel on pouvait lire ce qui suit : 

Notre société doit accorder à la victime la place nécessaire et reconnaître son statut. Depuis 2004, les différentes lois qui se sont succédé ont renforcé leurs droits, et le présent projet de loi doit s'inscrire dans la continuité de l'action des pouvoirs publics.

Il est indispensable que la victime soit reconnue en tant que telle afin qu'elle puisse tourner la page, sortir de ce statut et, en fonction du préjudice subi, se réinsérer dans la société. Il n'est pas concevable de laisser sans soutien des hommes et des femmes fragilisés parce que la société n'a pas su les protéger.

Dans le Livre « Le mieux est l'ami du bien », l'auteur du présent amendement faisait déjà valoir que la victime devait avoir les mêmes droits que les prévenus, qu'elle devait être traitée avec plus d'égard, plus d'humanité et être accompagnée.

La peine doit être envisagée dans le but de restaurer un équilibre entre l'auteur des faits et la victime. Le droit actuel réduit l'évaluation de la peine à la nature de l'infraction et à la personnalité de l'auteur des faits. Oublier le préjudice subi par la victime dans l'appréciation de la peine expose le magistrat à prendre une décision injuste aux yeux de la victime et des citoyens. Ce préjudice, qui peut être matériel, cause à chaque fois un traumatisme dont l'intensité varie en fonction de l'infraction, de la personnalité de la victime et du lien existant entre celle-ci et l'auteur des faits.

Cet amendement, fruit de la concertation menée dans le cadre du think tank « Nouveaux Horizons » et de la proposition de résolution de Frédéric Lefebvre relative à la définition d'une nouvelle politique pénale vise à ce que la peine tienne compte de l'ensemble des parties afin de rétablir l'équilibre brisé par l'infraction.

 

Un exercice d'autopromotion qui n'aura pas échappé, manifestement à la députée Colette Capdevielle, qui à l'occasion de l'examen du texte, épingle avec fulgurance l'audacieux écrivain. 

Tout à l'heure à la tribune, vous avez cité votre ouvrage, une encyclopédie – 522 pages pour 20 euros ! – dont vous vous faites à présent le commercial. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP. – Sourires sur les bancs du groupe SRC.) Il est vrai que je ne suis députée que depuis deux ans, mais j'ignorais qu'il était possible de faire l'autopromotion de sa littérature à cette tribune ou à l'occasion de la rédaction des amendements. Je me suis dit tout à l'heure qu'il ne s'agissait plus d'amendements, mais de flyers de publireportages, car chaque amendement de M. Lefebvre fait référence à son think tank et à son ouvrage.

 

Et d'ajouter : 

Je découvre, c'est nouveau pour moi. Un nouveau support publicitaire est né ce soir à l'Assemblée nationale ! Il est vrai que nous sommes à l'ère de la communication… En tout cas si notre déontologue nous écoute, je crois qu'il sera très intéressé de découvrir vos pratiques, monsieur Lefebvre, qui ne manquent pas d'étonner.

 

via Le Figaro

 

 

Évidemment, le parlementaire mis en cause, comme le souligne Philippe Vigier, n'a pas manqué de se défendre. Et l'on s'est vu alors, en plein théâtre de boulevard, dans une tragi-comédie qui démontre à quel point les écrivains ont toutes les peines du monde à assurer la promotion de leurs oeuvres. Ainsi, M. Lefebvre répond : 

Madame la députée, je ne vais pas citer à nouveau le livre que vous avez cité, vous l'avez fait abondamment et je vous en remercie. Vous avez même donné son prix, je crois qu'il est maintenant un peu moins cher puisqu'il est sorti il y a longtemps. (Sourires.)

Je ne doute pas que vous vous teniez au fait de l'actualité, je tiens donc à vous dire que je viens de sortir, aujourd'hui même, un nouveau livre, qui s'intitule : Vous êtes prioritaires : son titre exprime ce que nous disons tous aux victimes. Et je vous rassure, madame la députée, il est en téléchargement libre ! Chacun d'entre vous est libre de le télécharger, il ne vous coûtera rien. 

 

Ce n'est pas sans une certaine ironie que, au milieu de ce marasme, le député Gérald Darmanin proposera une suspension de séance, au président de la Chambre, « le temps de télécharger ce livre ».

 

Et en bon élève, Frédéric Lefebvre conclura : « Je ne demande qu'une chose aux compatriotes qui partagent ma philosophie, mais je ne pense pas que cela soit votre cas, c'est de participer en faisant un don à mon think-tank. Les autres pourront le lire totalement gratuitement. »