Quand Bram Stoker saignait à blanc son éditeur

Clément Solym - 26.03.2012

Zone 51 - Insolite - Dracula - Bram Stoker - contrat


Le centenaire de la disparition de Bram Stoker sera notamment marqué par la publication du contrat original de publication d'un des romans d'horreur les plus célèbres de la littérature, Dracula. Rédigé par Bram Stoker lui-même, le document révèle sa connaissance du droit qui lui permis à l'époque de s'accorder 20 % de droits d'auteur, un chiffre encore exceptionnel dans l'édition.


« L'auteur ayant écrit un ouvrage intitulé Le Mort-Vivantsignataire de cet accord, et en possession de tous les droits de l'ouvrage mentionné donne son accord à l'éditeur pour sa publication dans le Royaume-Uni de Grande-Bretagne, en Irlande et dans les dépendances de la Grande-Bretagne (sauf le Canada). » Ainsi commence le document écrit par la main de Stoker lui-même, un contrat d'édition comme beaucoup en rêvent, et qui sera publié dans une nouvelle édition, « spécial centenaire », de Dracula.

 

 

Législateur érudit (bien qu'il n'ait jamais pratiqué), Bram Stoker est parvenu à arracher 20 % de droits d'auteur sur la première publication de son conte horrifique. Si les 1000 premières ventes ne lui rapportèrent rien, les suivantes lui faisaient toucher 1 shilling et 6 pence sur un prix de vente fixé à 6 shillings. « Les conditions du contrat, avec ces 20 %, sont défavorables, du point de vue d'un éditeur. Mais [Stoker] savait très bien comment mener un contrat et imposer ces conditions » note Nick Robinson, le porte-parole de Constable & Robinson. C'est cette maison d'édition, encore connue sous le nom d'Archibald Constable and Company, qui publia Dracula le 1er mai 1897 en Grande-Bretagne.

 

Et l'on découvre dès la première ligne que l'ouvrage qui a accompli l'exploit d'inspirer à la fois Murnau et Stephenie Meyer s'intitulait au départ Le Mort-Vivant. Bien inspiré d'avoir préféré comme titre le nom du comte, Bram Stoker, irlandais d'origine, ne faisait pas de secret de son aversion pour les éditeurs : « De nos jours, certains gagnent une fortune avec leurs romans, et il semble discutable de verser 10 ou 5 % de cette somme à un intermédiaire. Avec une douzaine de lettres par an, ils pourraient gérer toute leur affaire eux-mêmes. » En matière de vampires, les éditeurs se sont heurtés à plus fort qu'eux...

 

Deux années plus tard, la publication de Dracula aux États-Unis ne sera pas aussi maîtrisée par l'écrivain, comme le confirme son arrière-petit-neveu, Dacre Stoker, lui-même auteur : « Pendant deux ans, Dracula a été publié en feuilleton, parce qu'une étrange loi américaine obligeait les auteurs à publier d'abord leur roman sous cette forme. » Le devenir des droits d'auteur de Stoker sur l'édition US de Dracula reste encore un mystère aujourd'hui. 

 

Grand joueur de rugby et remarquable athlète, Bram Stoker n'avait rien en commun avec le personnage nocturne et livide qu'il a rendu célèbre (il se serait inspiré de l'acteur Henry Irving), et est mort le 20 avril 1912 de la syphilis. Douglas Appleyard, membre des Amis de Bram Stoker, a écrit une lettre au Ministre de la Culture irlandais pour l'exhorter à célébrer dignement le centenaire de la disparition : « Que serait Halloween sans costume de Dracula ? Et tout a commencé à Dublin [...], qui pourrait profiter du rayonnement de Stoker et de Dracula. »

 

Il ne faut pas en perdre une goutte.