Quand Jane Austen massacrait l'anglais...

Clément Solym - 24.10.2010

Zone 51 - Insolite - grammaire - orthographe - syntaxe


Elle incarne peut-être une sorte de vision idéalisée de la société britannique, à travers des textes cependant remplis d’audace, mais assurément, Jane Austen était une bien piètre grammairienne...

Kathryn Sytherland, professeure d’anglais à l’université d’Oxford, a passé en revue quelque 1100 pages manuscrites encore non publiées de la romancière anglaise, décédée en 1817. Et le constat n’est pas brillant : tâches, ratures, fatras... Bien sûr, pour des brouillons, rien de plus normal, mais l’universitaire remarque surtout que Jane Austen a « transgressé la plupart des règles d’écriture correctes de l’anglais ».

Misère... Si l’on ne peut plus compter sur nos classiques... Plusieurs lettres de l’écrivaine à son correcteur, William Gifford, attestent combien ce dernier s’impliqua dans l’élaboration des romans finaux. Or, étonnamment, les deux premiers livres de Jane ne furent pas relus par le sieur William, qui mériterait pour son boulot d’être canonisé. Ainsi, Sense and Sensibility et Pride and Prejudice montrent un style bien plus semblable à celui que l’on peut retrouver dans les fameux manuscrits passés en revue.

« Il est largement admis qu’Austen était une parfaite styliste - son frère Henry est connu pour avoir déclaré en 1818 que tout ce qui provenait de sa plume était parfaitement abouti, et ses commentateurs continuent de partager ce point de vue aujourd'hui », précise l’enseignante. Et de fait : la réputation d’Austen provient de cet équilibre que l’on lit, ce style épuré et des tournures de phrases parfaites.

« Mais à la lecture des manuscrits, il devient rapidement évident que cette précision délicate fait défaut », conclut l’universitaire. Évidemment, c’est toute l’élaboration des textes qui s’y dessine, mais surtout une rupture complète avec les règles et convention d’écriture anglaises. Et tout cela laisse à penser que tant son éditeur, John Murray II, que son correcteur susnommé, se sont amplement investis dans le processus d’édition. Ah, les affres de la relecture de manuscrit, les annotations et les corrections, n’est-ce pas !

En outre, John fut également l’éditeur de Lord Byron, mais pas du tout celui des livres Sense and Sensibilty et Pride and Prejudice. Ces derniers furent publiés chez l’éditeur Mansfield Park, et en les découvrant, Murray aurait eu des attaques à répétition. « Il fut particulièrement choqué », note Kathryn. Et l’éditeur aurait même eu l’idée de les détruire pour que jamais personne ne tombe dessus.


On peut découvrir ces manuscrits biffés à cette adresse.