Quand l'Explicit Poetry séduit Twitter

Thomas Deslogis - 21.01.2016

Zone 51 - Chez Wam - explicit poetry - twitter poésie - fiction projection


PNL chez les poètes... Une des plus grosses pointures de la poésie française complètement défoncée à la beuh et présentant sa démission en direct du Petit Journal... Les événements de ces dernières semaines ont non seulement secoué le quotidien habituellement bien calme, pour ne pas dire autre chose, des poètes hexagonaux, mais ont également réussi ce tour de force d'intéresser les médias, et mieux encore : les twittos !

 

 

 

Mieux encore, indeed, puisque Twitter est désormais une sorte d'AFP en soi, distillant aux médias les tendances et autres sujets chauds. Et c'est peu dire que les récents chamboulements poétiques ont inspiré ces mi-anonymes mi-influenceurs qui font le web français. Montages en tout genre, blagues infiniment retweetées, etc... Pour notre plus grand bonheur de nombreux mèmes ont été créés, du « Thug Rimbaud » ci-dessus à celui ci-dessous, représentant la différence entre l'ancienne génération de poètes et celle qui, avec envie d'en découdre, est en train d'exploser :

 

 

 

Très drôle également, cette image du jeune héros du film Le Sixième sens dont la fameuse réplique « I see dead people » a été détournée pour mieux exprimer la surprise générale que fut la réapparition soudaine de poètes (vivants !) dans le champ médiatique :

 

 

 

Évidemment cette intégration de la poésie dans la culture pop, ou culture internet, n'est pas du goût de tous. Les poètes jusqu'ici considérés comme majeurs dénoncent une « vulgarisation » de la chose poétique, ce à quoi les nouveaux poètes en question répondent par les termes de « démocratisation » ou « popularisation », bien plus nobles. Ancrer la poésie contemporaine dans la culture générale, n'était-ce pas là le but recherché par ces mêmes poètes lorsqu'il y a encore quelques semaines ceux-là mêmes qui se plaignaient de ne pas être assez considérés par les grands médias ? « Oui, mais pas comme ça » peut-on entendre, comme s'il y avait d'autres moyens. Comme si cette culture du net, qu'ils ne connaissent pas, était inférieure ou ne méritait pas qu'on s'y intéresse. Les arroseurs arrosés donc, réagissant exactement comme ils reprochent au reste du monde de réagir à leur encontre. Le destin est sans pitié.

 

Mais la popularité nouvelle de cette nouvelle poésie n'est pas la seule plainte qu'on entend du côté des ancêtres (dont certains, par ailleurs, sont malheureusement bien plus jeunes qu'on ne l'imaginerait). C'est aussi la poésie en question qui gêne, comme si une poésie à succès ne pouvait qu'être mauvaise. Appliquée à d'autres arts, la musique par exemple, voilà une forme de pensée qui ne doit pas ravir le pauvre cadavre d'un certain David Bowie. M'enfin passons...

 

Alors de quoi parle t-on ? Patrick Balkany, pour exemple, est mis en examen pour la énième fois. Ce court poème tourne alors beaucoup sur Twitter : « B2O comme un duc / A Balka pour valet / Levallois j'm'en bats les / Mêmes les bourges ont leur Zup. » Le rap (à ne pas confondre avec le slam, faux ami du rap, et fortement apprécié par les poètes « officiels ») est évidemment passé par là. Qui peut le nier ? Certainement pas les nouveaux poètes qui restent certes à l'écrit mais ne peuvent ignorer que c'est le hip-hop et lui seul qui a enrichi l'écriture française depuis 20 ans. Et le mépris de classe des poètes soi-disant importants n'est plus qu'un mauvais souvenir, l'heure est à la repentance, à l'héritage, au renouveau.

 

L'heure est l'actu remaniée, à la culture du jour. Pour mieux la garder, la célébrer, la comprendre. L'heure, enfin et surtout, est à l'explicite.

 

L'explicite au sens de la clarté, de l'accessibilité du poème, pour chacun. Mais aussi au sens de l'« Explicit Content », comme on peut lire sur les pochettes d'albums U.S lorsque les chansons y sont considérées comme vulgaires par on ne sait quel organisme de bienséance. L'heure est à l'estomac, aux tripes, au vrai, au vice.

 

Et à ceux à qui ce programme ne plaît pas, les twittos ont déjà répondu par l'intermédiaire de ce gif de Baudelaire : Deal with it !

 

 

[Vous venez de lire le 3ème épisode de notre fiction d'une révolution poétique qui, faute d'avoir lieu, est ici imaginée]