Qui se décidera à "poublier" Philippe Sollers ?

Cécile Mazin - 17.01.2014

Zone 51 - Insolite - Philippe Sollers - relire tout Proust - livre numérique


Invité sur France Inter, une fois de plus, en deux semaines, Philippe Sollers assurait la promotion de son dernier ouvrage. Lequel est publié aux éditions Gallimard. Éditions où Philippe Sollers sévit donc tout à la fois comme auteur et éditeur. Bref. L'émission donne l'occasion de citer Montaigne, le Bordelais, une origine commune aux deux auteurs.

 

 

Sollers, Philippe

 

 

Alors que le philosophe admirait la profusion de livres, permise par l'apparition de l'imprimerie, l'animateur déjanté, André Manoukian, interroge Sollers sur cette idée : après tout, l'imprimerie impliquait que l'on n'avait plus besoin de mémoriser les livres par coeur, simplement de savoir où ils se trouvaient dans sa bibliothèque. Mais l'apparition d'internet, l'accès à l'information est immédiat. N'est-ce finalement pas une situation semblable que l'on vit aujourd'hui ?

 

« Tout le savoir du monde est dans ce téléphone portable », note l'animateur. Si tout le savoir du monde se retrouve dans sa poche, ne va-t-on pas vers un monde de créativité sans limites ? « C'est une imposture totale », s'insurge Sollers. 

 

Et de prendre l'exemple d'une personne se vantant d'avoir « tout Proust » dans son portable, et qui s'apprête, à l'occasion d'un voyage en avion, à le relire entièrement. Bon... il faudra probablement plusieurs tours du monde en avion pour relire l'intégralité de Proust, à moins que Philippe Sollers n'en ait une lecture très... rapide. Mais l'écrivain raille : la personne qui aurait promis de lire Proust rétorquera qu'elle n'a pas eu le temps, durant son trajet. 

 

« C'est une façon de croire que les appareils vous soulagent, qu'ils vivent à votre place. En tant qu'être humain, on devient la prothèse de sa prothèse. C'est là que le diable est en effet présent. »

 

Et de rappeler qu'il a inventé les verbes « poublier » et « oublire », désignant la réalité du marché du livre : on publie des livres qui partent à la poubelle, et on lit en oubliant dans la minute, ou presque. C'est ce même Sollers qui avait promis que sur les 547 livres de la rentrée, « trois ou quatre livres, dont le mien, qui sont susceptibles de rester ». 

 

Une intervention qu'il avait également faite sur France Inter...