Sensibiliser au sort des sans abri : un livre lisible par température négative

Clément Solym - 13.03.2017

Zone 51 - Insolite - lecture livre température - sans abris Pologne - ouvrage sensibiliser sans abris


Les livres sont parfois des engagements essentiels. En Pologne, depuis le début de l’hiver, le ministère de l’Intérieur avait déclaré que 75 personnes étaient mortes à cause d’hypothermie. C’est cette catastrophe humaine qui a entraîné la création du livre Niewidzialni, Invisible, écrit pour les sans-abri de la ville de Varsovie.

 

 

 

Chacun a pu ressentir cette piqûre de honte et de gêne mêlée en passant devant un sans-abri : ils deviennent invisibles, parce que face à l’inconfort perçu en les voyant, la culpabilité ronge. Et comme nous n’aidons parfois que d’une pièce, parfois moins, c’est le regard fuyant que nous tentons de les ignorer. Invisibles, donc.

 

Pour attirer l’attention sur ce peuple rendu invisible, la Fondation polonaise Kapucynska a créé un ouvrage très spécial. Cette dernière, organisation à but non lucratif qui tente de venir en aide aux plus démunis, a financé cet objet qu’il n’est possible de lire qu’à condition que la température descende en dessous de 0° C.

 

En ouvrant le livre dans son salon, au chaud, on ne découvrira que des pages blanches. Pour le lire, il faudra sortir et se confronter au froid, sachant qu’il ne dévoilera son texte qu’avec une température inférieure ou égale à 0.

 

En utilisant une peinture thermoréactive, les créateurs de l’ouvrage ont décidé de sensibiliser à ce que pouvaient être le froid et son mordant. Les textes retenus sont autant des essais, des poèmes que des séquences autobiographiques. On y retrouve un reportage littéraire de la ville, ainsi qu’un scénario de jeu : l’idée est de plonger le lecteur dans ce monde des invisibles.

 

Marek Sekretny, directeur de la Fondation, explique cette démarche : « Les sans-abri sont classés comme des nuisibles, selon le stéréotype. Nous oublions tout de leur humanité : qu’ils ont eu un emploi, un foyer, une famille ou des amis, perdus pour différentes raisons. »

 

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Quand on les voit alors dans la rue, c’est avec un certain effroi, chacun de ces invisibles nous renvoyant également à la possibilité que nous puissions nous trouver à leur place. « Nous espérons que notre initiative aider à changer l’attitude que nous adoptons envers les sans-abri, en leur donnant la parole et en dévoilant la sensibilité humaine. »

 

Le projet a été porté par Walk Group, agence de communication. Tous les revenus de la vente iront à la Fondation, qui offre une soupe populaire. Plus d’informations.