Les liens du sang, le Roman feuilleton pour iPhone épisode 2

Clément Solym - 10.03.2009

Zone 51 - Chez Wam - liens - sang - feuilleton


Après deux accords essoufflés de l’harmonium, le chœur entonna un dernier cantique.
Simon et Lelita, escortés de quatre neveux et nièces portant des bouquets de fleurs roses et blanches, remontèrent l’allée centrale vers l’aveuglante lumière de la grand porte. A mesure qu’ils croisaient les bancs, le cortège se formait derrière eux.
Quand les mariés franchirent le seuil, le soleil les éblouit. Simon regarda le ciel où passaient de gros nuages blancs poussés par l’alizé. Les carrosseries des voitures miroitaient sur le parking de l’église. La voile d’un bateau traçait une virgule rouge près de la ligne d’horizon.
Un photographe gesticulait derrière son appareil posé sur un trépied. Le cortège s’immobilisa sur les marches. Les enfants et la famille vinrent se placer au-dessus et autour des mariés, obéissant aux ordres du photographe. On plaisantait en créole, on riait aux éclats, on se bousculait un peu, pour rire.
Simon se dit qu’il était heureux, que le bonheur c’était cet instant où le ciel, la lumière et les gens donnaient tout son sens au serment prononcé tout à l’heure devant le prêtre.
Lelita pencha tout à coup le visage vers le sien. Une si belle bouche, des narines si cambrées, des yeux d’une nuit étincelante. Elle lui murmura à l’oreille :
- Je t’aime.
Il sourit. Au même instant, il perçut, de l’autre côté du parking de l’église, un éclair rapide, fugitif.
Il n’entendit presque rien. Rien qu’une sorte de craquement. Comme une branche sèche qui se brise.
Le visage de Lelita s’éloigna tout à coup du sien, en un violent sursaut. Elle s’appuya de tout son poids à son bras. Il pivota sur lui-même pour la retenir, elle tombe, elle tombe, qu’est-ce qui se passe, elle tombe.
Il parvint à la saisir sous les aisselles juste avant qu’elle s’effondre.
La nuque cassée en arrière, elle fixait ses yeux grands ouverts sur le ciel. Des yeux mats, vides.
Il tomba à genoux. Il la tenait dans ses bras, il la serra fort contre lui.
- Lelita ! Lelita…
Il ne pouvait lâcher du regard le petit trou noir au milieu de son front, d’où s’égouttait une larme de sang. Il avait une seule pensée à l’esprit : c’est impossible, c’est injuste, je ne veux pas ! Mais ça ne servait à rien face à l’atroce évidence : on avait tué Lelita d’une balle en pleine tête.
Une main se posa sur son épaule. La voix de l’homme aux cheveux gris, Harry, lui murmura :
- Je suis désolé. J’arrive trop tard.
Alors Simon leva la tête vers le ciel et se mit à hurler. De douleur. Et de rage. Puis il abandonna le corps sans vie de Lelita à Hortense et à James, en larmes, se redressa d’un bond et s’élança dans le parking.
Quand il arriva à l’autre extrémité, il entendit en contrebas le bruit d’un moteur qui démarrait. Il se pencha par-dessus la balustrade, au risque de perdre l’équilibre. Il eut juste le temps de voir disparaître l’arrière d’une BMW noire au détour du premier virage.
- Tu les as vus ?
Harry l’avait rejoint. Simon se retourna et l’agrippa par les revers de sa veste.
- Qui a fait ça ? Qui ?
- Je ne sais pas. Je n’arrive pas à y croire…
Simon le secoua de toutes ses forces, en criant :
- Qui ? Répondez-moi ! Qui ?
Harry lui prit les poignets et se dégagea calmement, mais fermement.
- QUI ? hurla Simon, des larmes de colère, de chagrin et d’impuissance plein les yeux.
- Golo. Regina. Hertog. Leo. Oui, ça peut être n’importe lequel.
- N’importe lequel, répéta machinalement Simon.
Il s’accrocha des deux poings à la balustrade. Il secoua la tête.
- Pourquoi ? Pourquoi faire assassiner Lelita ? Qu’est-ce qu’elle leur a fait ?
- Paul…
Harry vint se placer à son côté, face à la mer et au ciel indifférent.
- C’était un accident, dit-il.
- Un accident ? Qu’est-ce que vous racontez ?
- Personne n’a voulu la mort de Lelita. C’était toi, toi qu’on visait.
Simon réalisa tout à coup que c’était vrai, que c’était l’évidence. Il baissa la tête, accablé.
- Si elle ne s’était pas penchée vers moi pour me dire que… Oh… Non. Non ! NON !
Harry lui passa un bras sur les épaules, d’un geste presque paternel.
- Tu ne sais donc plus qui tu étais ? Ce que tu as fait ?
- Non. Vous allez me l’apprendre ?
- Je crois que c’est nécessaire.
Simon se tut un long moment. Il ne pleurait plus. Son visage s’était durci. Enfin, il dit, d’une voix lente et ferme :
- Je vais retrouver le tueur et celui ou celle qui l’a payé.
Il leva ses yeux bleu saphir sur Harry et demanda :
- Ces gens, ils sont très dangereux ?
- Très.
Harry eut un sourire triste en ajoutant :
- Mais toi aussi, Paul, tu es dangereux Peut-être encore plus dangereux qu’eux.

À suivre...

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