Les liens du sang, le Roman feuilleton pour iPhone épisode 3

Clément Solym - 11.03.2009

Zone 51 - Chez Wam - liens - sang - feuilleton


Trois jours plus tard, Simon et Harry embarquaient sur un cruiser amarré dans le port de Basse-Terre.
Simon avait quitté la mère de Lelita et ses frères et sœurs à la sortie du cimetière. Il avait longuement serré Hortense dans ses bras. Elle sanglotait.
- Je retrouverai celui qui a fait ça, lui promit-il.
Il savait que ni cela ni rien ne la consolerait jamais.
Il rejoignit ensuite Harry Roman sur le port, après divers détours destinés à semer un éventuel policier chargé de sa surveillance. Il n’avait rien raconté aux enquêteurs de ce que lui avait dit Harry. Il était déterminé à régler cette affaire lui-même.
Quand le bateau eut laissé le port loin derrière lui, Simon demanda :
- Nous nous connaissons depuis longtemps ?
- Environ deux ans.
- Où nous sommes-nous rencontrés ?
- A Hollywood. Je suis réalisateur. Nous avons fait connaissance sur le plateau de mon dernier film.
- Je suis… j’étais dans le cinéma, moi aussi ?
- Indirectement. Tu ne te rappelles vraiment rien ?
- Rien. Rien depuis mon réveil, il y a huit mois.

Huit mois plus tôt, sur la plage du Raizet, on avait retrouvé un jeune homme inconscient. On le transporta à l’hôpital de Pointe-à-Pitre. Il avait reçu un violent coup à la nuque mais ses jours n’étaient pas en danger.
Il se réveilla cinq jours plus tard. Quand on lui demanda s’il se rappelait ce qui lui était arrivé, il eut beau chercher dans sa mémoire, il n’y trouva rien.
Rien de ce qui l’avait amené là. Rien non plus sur les années précédentes. Sa mémoire était vierge de souvenirs. Il chercha en vain son propre nom. Il ignorait même à quoi ressemblait son visage.
Passé le premier moment de panique, il décida de ne rien dire aux médecins. Il voulait attendre. Sa mémoire lui reviendrait, il en était sûr.
Mais les jours passèrent, et elle ne revint pas. Il apprit qu’il se nommait Simon Dufrenne, qu’il était canadien, âgé de 26 ans, domicilié à Montréal. On avait retrouvé son passeport dans ses poches. Ainsi qu’une croix en argent massif et une liasse d’une dizaine de milliers de dollars américains.
A la police qui vint l’interroger, il mentit. Il raconta qu’il avait oublié une semaine de sa vie. Que ses derniers souvenirs remontaient à Montréal. Qu’il ignorait quand et comment il était venu en Guadeloupe, mais qu’il avait en effet prévu d’y passer des vacances. Quand le lieutenant lui demanda s’il fallait prévenir un proche, il le remercia et répondit qu’il préférait le faire lui-même, quand il irait mieux.
Les policiers n’insistèrent pas. Ils avaient vérifié dans les fichiers internationaux : Simon Dufrenne n’y figurait pas. Ils le laissèrent tranquille et l’assurèrent qu’ils le tiendraient au courant de l’enquête. Il comprit qu’en réalité ils laisseraient l’affaire sans suite. Et s’étonna de l’aplomb avec lequel il avait réussi à leur cacher la vérité.
Quand on lui permit de quitter l’hôpital, il erra des heures dans la lourde chaleur tropicale des rues de Pointe-à-Pitre. Incapable de savoir ce qu’il allait faire à présent. Ses pas le conduisirent jusqu’à une marina. Accrochée à un balcon, une pancarte « A louer » le poussa à prendre sa première décision.
Le soir même, il emménagea dans un studio meublé qui donnait sur les bateaux amarrés aux pontons. Il avait payé cash trois mois d’avance. La propriétaire ne lui avait pas posé de questions.
Il ne dormit pas de la nuit. Accoudé au balcon, il essaya de faire jaillir une étincelle dans sa mémoire. Mais elle demeurait aussi noire que le ciel au-dessus de lui. De temps à autre, des silhouettes furtives passaient devant les pontons, se rassemblaient, semblaient procéder à des échanges discrets. Il ne fut pas long à comprendre que l’endroit servait de marché d’approvisionnement aux drogués des environs.
Il rentra dans la chambre. L’air climatisé lui fit l’effet d’une douche froide. Il s’assit sur le lit, sortit de sa poche la croix en argent et la fit tourner entre ses doigts. Le seul objet lui appartenant. Il eut beau se concentrer, elle ne lui rappela rien.
Le lendemain matin, il acheta un téléphone portable. Il se fit indiquer un cybercafé où il se connecta sur l’annuaire du Canada. Il entra : « Simon Dufrenne. Montréal. » Il y avait une douzaine de Dufrenne S. L’un d’eux habitait à l’adresse figurant sur son passeport : 1207, rue Fortune. Il appela le numéro indiqué sous l’adresse.
On décrocha presque aussitôt.
- Simon Dufrenne, bonjour ! lui lança une voix au fort accent québécois.
- Vous… vous êtes Simon Dufrenne ?
- En personne ! Qu’est-ce que je peux pour vous ?
- Connaissez-vous un autre Simon Dufrenne, à votre adresse, 1207, rue Fortune ?
- Buddy, l’Simon Dufrenne du 1207, rue Fortune, y en a qu’un seul mais un beau, un gros : c’est moi !
Désemparé, il retourna en direction de la marina.
Il n’avait pas la moindre idée de ce que cela signifiait. Sinon que le seul élément qui le raccrochait à une identité, son passeport, ne l’aidait en rien. Soit il n’était pas Simon Dufrenne, soit un imposteur avait pris sa place. Mais pourquoi ?

À suivre...

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