Thomas Bernhard, Sur la terre comme en enfer : “Des milliers de fois le même regard”

La rédaction - 08.06.2016

Zone 51 - Chez Wam - Thomas Bernhard poésie - Sur la terre comme en enfer - recueil Thomas Bernhard


Ce 8 juin débute le Marché de la poésie dans le Quartier latin. A cette occasion, les éditions La Différence proposent, avec ActuaLitté, de retrouver quotidiennement deux poèmes. Débutons donc cette semaine poétique avec le recueil de Thomas Bernhard, Sur la terre comme en enfer.

 

 

 

Né en Hollande, Thomas Bernhard perd son père très tôt puis sa mère. Vit en Bavière, dans l’affection de son grand-père. Ses premiers romans : Le Froid, puis L’Origine, lui valent une immédiate notoriété. Victime d’une pleurésie, dont il ne guérira jamais, sujet de La Cave. Il voyage peu, achète une grande ferme en Autriche, où il mourra, assez solitaire. Ses romans et son théâtre sont abondamment traduits et joués. Il a reçu le Grand Prix d’État autrichien de littérature, ainsi que le prestigieux Prix Georg Büchner (1970).

 

Le titre de cette anthologie de Thomas Bernhard pourrait être le sceau apposé sur l’œuvre entier du célèbre romancier et dramaturge (1931-1989). Pourtant, si l’écrivain se consacra tout d’abord dix ans à l’écriture poétique, cette part de l’œuvre n’est guère connue en France que des spécialistes.

 

Qu’il ait fallu attendre si longtemps avant d’entendre cette voix âpre aux modulations déconcertantes est inexplicable tant elle est proche, et son insistance prégnante : voix de la perte, de l’absence, du tragique innommable, de la présence du silence, elle émane de la terre, du quotidien affouillé, de la pauvreté du monde, des « filles à l’odeur de pommes » et de la boue des sentiers obscurs. Inscrite dans un continuum de l’âme germanique et de sa déraison, de Kleist à Trakl et Ilse Aichinger, elle nous parle de l’enfance, de la solitude, de l’appel du néant et des ombres.

 

Le texte est traduit de l’allemand (Autriche) et présenté par Suzanne Hommel. On peut le retrouver en édition bilingue dans la collection Orphée.

 

 

 Des milliers de fois le même regard

À travers la fenêtre dans mon bout de monde

Un pommier dans sa pâle verdure

Et au-dessus des milliers de bourgeons,

Ainsi appuyé au ciel,

Un ruban de nuages très étendu...

Les cris des enfants dans l’après-midi,

Comme si le monde n’était qu’enfance ;

Une voiture roule, un vieux se tient debout

Et attend que sa journée passe,

Légère, de la cheminée sur le toit,

Notre fumée suit les nuages...

Un oiseau chante, et deux et trois,

Le papillon s’envole rapidement,

Les poules mangent, les coqs chantent,

Oh oui, seuls des étrangers passent

Sous le soleil, d’année en année

Devant notre vieille maison.

Le linge flotte sur la corde

Et là-bas un homme rêve du bonheur,

Dans la cave pleure un pauvre hère,

Il ne peut plus chanter de chansons...

Il en est à peu près ainsi le jour,

Et chaque nouveau coup de cloche

Porte, mille fois, le même regard,

À travers la fenêtre dans mon bout de monde... 


Pour approfondir

Editeur : La Difference
Genre : littérature en...
Total pages : 128
Traducteur : susanne hommel
ISBN : 9782729119805

Sur la terre comme en enfer

de Thomas Bernhard

Le titre de cette anthologie de Thomas Bernhard pourrait être le sceau apposé sur l'oeuvre entier du célèbre romancier et dramaturge (1931-1989). Pourtant, si l'écrivain se consacra tout d'abord dix ans à l'écriture poétique, cette part de l'oeuvre n'est guère connue en France que des spécialistes. Qu'il ait fallu attendre si longtemps avant d'entendre cette voix âpre aux modulations déconcertantes est inexplicable tant elle est proche, et son insistance prégnante : voix de la perte, de l'absence, du tragique innommable, de la présence du silence, elle émane de la terre, du quotidien affouillé, de la pauvreté du monde, des " filles à l'odeur de pommes " et de la boue des sentiers obscurs. Inscrite dans un continuum de l'âme germanique et de sa déraison, de Kleist à Trakl et Ilse Aichinger, elle nous parle de l'enfance, de la solitude, de l'appel du néant et des ombres.

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