Un banquier trouve sa gloire dans la littérature

Clément Solym - 29.03.2008

Zone 51 - Insolite - investissement - banque - économie


Jusqu’à il y a 4 ans, Chetan Bhagat était un investisseur pour une banque qui ne se distinguait de la foule costumée de la place financière que par son passe-temps secret. Chetan Bhagat est un investisseur indien qui a écrit deux romans à succès, “Five Point Someone” et“One Night @ the Call Center,” romans qui ont déjà été édités internationalement. Et lui aussi le sait, l'économie, c'est porteur actuellement.

Une histoire à succès comme dans les livres

Alors que les autres prévoyaient leur excursion du week-end, Bhagat, s’adonnait à sa passion pour l’écriture, travaillant durant son temps libre à un petit roman osé et romantique à propos de la vie sur le campus d’une université d’élite dans son pays natal, l’Inde. Tôt le matin, avant d’aller au bureau, il améliorait son livre un brouillon après l’autre, essayant de le finaliser. Il fit 15 brouillons en tout et pour tout.

Aujourd’hui, M. Bhagat est toujours banquier, maintenant avec la Deutsche Bank. Mais il est aussi le plus gros succès commercial de roman anglophone dans toute l’histoire de l’Inde selon son éditeur Rupa & Company, aussi l’un des plus vieux et mieux implantés éditeurs d’Inde. Son histoire de la vie d’un campus, “Five Point Someone,” publié en 2004, ainsi que son roman suivant “One Night @ the Call Center,” ont vendu 1 million d’exemplaires à eux deux.

Moins de 3 jours après la sortie en 2005 de “One Night”, sa nouvelle comédie légère, à propos de l’amour et de la vie dans les omniprésents call centers en Inde, les gens se sont rués sur la totalité de la première impression des 50 000 exemplaires, établissant le record de vitesse de vente de livre du pays. Et Ballantine a publié une version de poche du roman pour les États-Unis.

Des thèmes traitant des interrogations de la jeunesse indienne

M. Bhagat, qui rédigea ses livres alors qu’il vivait à Hong-Kong, a du mal à s’expliquer comment un investisseur de 35 ans écrivant durant son temps libre peut connaître un tel succès auprès en particulier des classes moyennes entre 20 et 30 ans. Les romans, délibérément sentimentaux dans la tradition des films Bollywood, vendus au prix d’une place de cinéma (100 rupees ou 2,46$), n’ont reçu que peu d’éloges en tant que littérature.

« Les critiques littéraires me haïssent tous, » explique M. Bhagat dans un entretien. « Je pense que les gens apprécient mes livres, car ils traitent beaucoup de l’environnement social, » déclare M. Bhagat. « Le tout est enrobé dans une comédie ».

Le choix de thèmes de ses deux premiers livres (la vie dans un Institut Technologique d’Inde très compétitive) lui a permis d’explorer des sujets éternels : les pressions subies, surtout à cause des parents, pour entrer dans une très bonne école, obtenir de très bonnes notes, décrocher un bon emploi et trouver le partenaire de vie idéal, tout en profitant de sa jeunesse.

M. Bhagat expliquait que seul 1 postulant sur 700 pouvait aujourd’hui prétendre à l’entrée dans l’Institut d’Inde de Gestion à Ahmedabad qu’il a fréquenté, alors que c’était 1 sur 200 quand il avait postulé en 1995. Ses études dans cet Institut et dans un Institut Technologique d’Inde sont la source d’inspiration de “Five Point Someone: What Not to Do at IIT,” dont le titre fait référence à la lutte âpre de ses trois personnages principaux pour sortir de leurs mauvais résultats.

Un enrobage de légèreté dans un cœur de questions sociales

Récemment, après plus de 10 ans à Hong-Kong, M. Bhagat, sa femme, banquière également et leurs jumeaux de 3 ans se sont réinstallés en Inde, où il occupe une place de directeur d’une Deutsche Bank à Mumbai.

Il voit de nombreuses failles dans le modèle du succès économique. Son “One Night @ the Call Center,” destiné au cinéma Bollywood est, au-delà de l’histoire à propos d’une romance de bureau frustrée, la critique d’une nation prospérant en répondant aux appels de consommateurs américains.

Avec chaque nouveau livre, Bhagat essaie de renforcer ses critiques sociales. Il vient de finir l’écriture de “Three Mistakes of My Life”. Cette fois, il s’attaque à un thème bien plus controversé. Prenant place dans l’état de l’ouest de Gujarat, peu après les émeutes sectaires sanglantes de 2002, ce livre traite des problèmes de tolérance et de confusions que, d’après M. Bhagat, les jeunes indiens ressentent à propos des valeurs religieuses.

Inde, mon amour...

« L’Inde est un pays très religieux, et les personnes âgées ont des opinions très arrêtées sur la religion, » affirme-t-il. « Les jeunes ne se reconnaissent pas dans cette religion-là. » La forme restera fidèle aux précédents romans avec une histoire ayant toujours « une tournure très moderne, un peu comme une comédie Bollywood ». « Si vous lisez mes livres, vous trouverez des comédies, mais très sombres. »

Au début, il avait reçu de bonnes critiques littéraires, gagnant même un prix de reconnaissance des éditeurs et un prix de réussite pour les jeunes en Inde en 2005 pour “Five Point Someone.” Cependant, la première vague de critique venant de Ravi Rao, un critique The Times of India, écrivait que les œuvres de Bhagat étaient passées de « la candeur, la facilité et la légèreté » dans son premier livre à « un raté » avec son second.

M. Bhagat et son éditeur, Kapish Mehra, de Rupa & Company, ont trouvé la bonne parade aux critiques : le livre se vend. « Ce n’est pas un écrivain littéraire », concède M. Mehra, « mais, et c’est plus important, c’est un écrivain à succès populaire ».