Un journaliste américain confond reportage et recyclage

Clément Solym - 21.06.2012

Zone 51 - Insolite - The New Yorker - journaliste scientifique - reprise d'articles


Jonah Lehrer, voilà un nom connu de toutes les rédactions outre-Atlantique : le bonhomme usait sa plume dans les colonnes du New Yorker, de Wired, ou encore du New York Times, abreuvant la toile et les publications de ses articles consacrés à des expériences scientifiques atypiques, du genre « La dépression nous rend-elle plus intelligents ? » ou « Pourquoi les gens intelligents sont-ils stupides ? ». Depuis une dizaine de jours, son nom est connu pour autre chose...


Le 12 juin dernier, le blogueur Jim Romenesko trouve des ressemblances frappantes entre le dernier article de Jonah Lehrer pour le New Yorker, Why Smart People are Stupid, et un article du même auteur, publié en octobre dernier dans le Wall Street Journal. Il expose les similitudes, sans vraiment s'attendre à autre chose que quelques retweets scandalisés sur le réseau social.

 

Recycle

(auteur : Leo Reynolds)

 

Mais voilà : d'autres médias s'emparent de l'affaire, et commencent à remonter l'historique des articles de Lehrer, dans lesquels certains passages sont littéralement copiés-collés, d'articles antérieurs ou du livre de Lehrer, Imagine : How the Creativity Works, best-seller notable. Même The Guardian, visiblement pas très regardant sur la relecture, à laissé passer cette duplication de contenu éhontée. Que l'intéressé reconnaît finalement quelques heures plus tard : « C'était vraiment stupide de faire ça, incroyablement débonnaire et totalement injustifié » admet Lehrer au téléphone.

 

Désormais, sur tous les médias concernés, les posts de Lehrer sont suivis de la précision « Nous nous excusons pour la duplication du matériel », une précision difficile à passer sous silence : il suffit de jeter un oeil au quasi-sadique mais salutaire exercice de comparaison auxquels se sont livrés bien des commentateurs, comme Jacob Silverman sur son site.

 

Les scientifiques, eux, sont plus ou moins attérrés : Dan Simmons, psychologue à l'université de l'Illinois, juge que ce recyclage est lié à l'activité sur les blogs et dans les médias, qui impose les sujets  atypiques, susceptibles d'intéresser le grand public. « La plupart des scientifiques qui étudient ces questions en sont bien conscients, mais elles restent un vrai problème. »

 

Qui égratigne bien souvent les chercheurs au passage, ou en tout cas la crédibilité de leurs activités. The Reproducibility Project, du groupe Open Science Framework, passe au crible tous les articles publiés dans trois revues relatives à la psychologie, pour en faire apparaître plus clairement les reproductions de contenu. Ça ressemble à un examen de conscience, divan ou non.